Homélie du 5e dimanche du Temps Ordinaire

5 février 2024

« Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. »

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Texte de l’homélie

Frères et sœurs,

C’est magnifique un encensoir qui fume ! Voyez, presque tous les dimanche ici à l’Abbaye, à part le Carême, grâce à nos servants d’autel et à nos sacristains que nous remercions de tout cœur, le célébrant peut poser ce beau geste liturgique de déposer quelques grains d’encens sur un charbon ardent. Cela signifie l’offre de toute notre vie à Dieu, à l’image de cette fumée bénie qui monte vers le ciel.

A partir des lectures de ce dimanche, je vous propose de déposer ensemble au moins trois grains d’encens. Dans un encensoir, on en met plus que trois, mais je vous propose au moins, ces trois grains, vous être libres d’en mettre plus si vous le souhaitez sur le charbon ardent de l’amour de Dieu.

Le premier grain d’encens que nous pourrions choisir, c’est celui qui nous est proposé par la première lecture par Job. Avez-vous remarqué qu’il était « au bout du rouleau » comme on dit, car plein d’épreuves lui tombent dessus… Il en arrive même à déplorer son existence.

Avez-vous remarqué qu’il a toujours osé crier jusqu’au bout sa souffrance et ses incompréhension à Dieu, sans jamais se décourager, malgré les mauvais conseils de ses amis.
Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le cri de Job. C’est un cri du cœur qui nous rejoint aujourd’hui encore, comme celui qui vient de nos hôpitaux, des malades, celui aussi des champs de bataille, des soldats qui font la guerre.

Le cri de Job me rappelle aussi celui d’un moine du désert qui disait un jour : « J’en ai assez, Seigneur ! »

Et si vous écoutez bien les psaumes, il n’y a que des cris du cœur. Ce sont des cris qui peuvent probablement différemment résonner au plus profond de notre cœur.

Oui, n’ayons pas peur d’exprimer nos cris à Dieu, quels qu’ils soient, c’est important. La vraie prière au fond c’est un cri vers le Père. Mais aussi, en portant les cris des personnes qui sont éprouvées, nos voisins, nos amis, désespérés qui viennent nous voir car ils sont dans des impasses : avoir le courage de les écouter et de crier vers Dieu, de Le prier comme dans un cri qu’Il peut entendre, Sa parole nous le dit.
Ceci tout en gardant cette grâce qu’il faut demander, cette certitude que Dieu nous entend, même s’Il ne répond par tout de suite à nos cris. Quelque part, cela transforme quelque chose au plus profond de notre cœur. Il y a une surabondance de vie et de bonheur qu’Il promet, un jour ou l’autre - voyez comme Job a été comblé de grâce à la fin – pour nous rappeler que Dieu comblera toujours nos prières. Mais il faut de la patience. Sainte Catherine de Sienne aimait dire :

« Il est beaucoup plus fructueux de parler à Dieu des hommes, de crier avec insistance vers Lui en portant nos souffrances avec confiance que de parler aux hommes de Dieu. »

N’est-ce pas étonnant ? Voici le premier grain d’encens que vous pouvez déposer ce matin : votre cri à vous.

Deuxième grain d’encens que j’ai choisi pour vous : c’est celui qui nous est proposé par Jésus. Il y aurait beaucoup de grains à trouver dans l’Évangile. Et remarquez que Jésus aussi, chaque matin très tôt priait Son Père, Il criait vers Son Père, après L’avoir célébré ensemble à la Synagogue, en priant en communauté, comme nous ce matin.

Vous avez remarqué ce que c’est un des premiers miracles, tout simple : Jésus va visiter la belle-mère de Simon-Pierre. Il s’approcha d’elle, et sans un mot, la prit par sa main et la releva. Oui, l’évangile de Saint Marc insiste ici dans l’importance des gestes humains très simples capables d’opérer des miracles, des miracles du cœur surtout. Ici, il s’agit d’un vrai miracle du corps.

Prenons-en de la graine en nous posant la question : là où j’habite, de qui Jésus m’appelle à m’approcher d’avantage pour lui tendre la main, pour le relever car il a besoin de moi, pour lui redonner un peu d’espérance dans la vie ? Ou lui redonner la vie de Jésus, pourquoi pas, un peu comme l’image de la fumée de l’encens qui monte au ciel…

Nous connaissons tous Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et cette belle parole qu’elle aimait dire :

« Ramasser une épingle par amour peut convertir une âme et offrir une immense joie. »

Cela ne semble pas grand chose, et pourtant ? Voyez, dans notre monde, tout va si vite, trop vite… Sachons à la manière de Jésus retrouver cette joie des petits gestes faits avec le Seigneur et par amour : on y trouvera toujours de la paix, de l’amour et de la joie.

C’est le deuxième petit grain d’encens que vous pouvez déposer chacun selon votre histoire.

Troisième grain d’encens que nous pourrions choisir - un peu plus difficile peut-être - c’est celui proposé par Saint Paul, vous avez entendu, c’est quand même assez décapant :

« Annoncer l’Évangile, ce n’est pas pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçait pas l’Évangile ! »

Ça c’est un cri, ce n’est pas de la morale, c’est un cri du cœur de Paul, car il a vraiment rencontré Jésus. Ainsi, un troisième grain que nous pourrions déposer ce matin, c’est d’accueillir cette parole au risque qu’elle nous dérange, ce qui est probable. Mais c’est une parole de vie et elle nous rappelle qu’il est possible pour chacun d’entre nous, quelque soit notre situation, des plus petits aux plus anciens, malades ou pas, quelque soit la vocation, de reprendre le premier grain : je peux crier vers Dieu en toutes confiance comme Job. Ce cri là est déjà le départ d’une mission, je suis déjà en train d’être témoin de cette parole, d’autant plus si je prends soin de mes proches par amour : je suis déjà missionnaire du Christ, véritablement.
Comprenez que l’on n’a pas besoin d’être comme Saint Paul, aucun d’entre nous – moi le premier - n’a son incroyable zèle. Mais nous savons que chacun d’entre nous – et Saint Paul l’a vécu à la fin de sa vie par des simples paroles, des simples gestes – avons le devoir d’annoncer la grâce et la bonne nouvelle.

Voyez, annoncer la vraie beauté et la vraie grandeur qui existe dans chaque personne quelle qu’elle soit, de sa conception jusqu’à son dernier souffle, et qu’elle mérite d’être respectée car elle est image de Dieu. Annoncer que là où il y a de la fragilité, et surtout là, y compris quand il y a de l’inefficacité, il est possible en Christ de laisser émerger ce trésor magnifique de la Parole du Christ et de la vie véritable qui réjouit le cœur de l’homme.

Job qui crie, c’est une parole de Dieu. Jésus s’approchant en tendant la main à la belle-mère de Simon et en la relevant par un simple geste, c’est la Parole de Dieu. Nous en sommes déjà témoin si nous vivons avec le Christ. Ce n’est pas difficile. Pas forcément besoin de faire des grandes prédications.

Alors frères et sœurs, en déposant ces grains d’encens par nos cris, par nos magnifiques chants de ce matin, et par nos gestes les plus humbles, puissions-nous dire au monde d’aujourd’hui qui en a tellement besoin que Dieu existe, et que Jésus est vraiment le Fils de Dieu qui est venu nous sauver et qui s’intéresse à chacun d’entre nous, et que c’est seulement Lui qui peut nous sauver du mal et nous emmener dans une plénitude appelée Paradis.

Un petit grain d’encens, frères et sœurs, ce n’est vraiment pas grand chose. C’est notre petit possible rien que pour aujourd’hui !
Alors demandons à Jésus et à Marie de nous aider à ce que, durant ces prochains jours, la fumée de l’encens s’élève davantage de nos cœurs,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de Job 7,1-4.6-7.
  • Psaume 147(146),1.3.4-5.6-7.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 9,16-19.22-23.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 1,29-39 :

En ce temps-là, aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm, Jésus et ses disciples allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André. Or, la belle-mère de Simon était au lit, elle avait de la fièvre. Aussitôt, on parla à Jésus de la malade. Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait.
Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte.
Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ; il empêchait les démons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était.
Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche.
Ils le trouvent et lui disent :
— « Tout le monde te cherche. »
Jésus leur dit :
— « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. »

Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons.