Homélie du Quatrième dimanche de l’Avent

27 décembre 2025

Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

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Texte de l’homélie

Chers frères et sœurs, à quelques jours de Noël l’Église nous invite à lire l’annonciation à Joseph. En effet c’est à saint Joseph qu’il revient de donner le nom de ‘Jésus’, c’est-à-dire : ‘Le-Seigneur-sauve’.
Curieusement Saint Matthieu se réfère à une prophétie du prophète Isaïe qui affirme :

« On lui donnera le nom d’‘Emmanuel’, qui se traduit : ‘Dieu-avec-nous’. »

Nous sommes tentés de penser : alors c’est ‘Jésus’ ou c’est ‘Emmanuel’. En fait, c’est tout à fait intentionnel de la part de saint Matthieu. Ce n’est certainement pas un hasard que le dernier verset de l’Évangile de Matthieu nous rappelle le nom de l’Emmanuel :

« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28, 20)

Comme nous allons le voir, le contexte dans lequel est prononcé cette prophétie est clairement un contexte de salut. Et justement le roi Achaz n’avait pas l’intention de trouver son salut en Dieu.

Comme nous allons le voir dans une première partie, accueillir Jésus, c’est d’abord accepter d’être sauvé. Dans une deuxième partie, nous verrons comment Dieu vient nous sauver, c’est bien là que le titre d’‘Emmanuel’ nous dit quelque chose de la manière dont Dieu vient nous sauver. Enfin, dans un troisième temps, nous verrons que Dieu ne veut pas nous sauver sans nous : qu’attend-il de nous ?

Accepter d’être sauvé par Dieu

Revenons à la première lecture qui nous dit quelque chose du contexte de la prophétie de l’Emmanuel. Il s’agit de l’une des pages les plus dramatiques de l’histoire du peuple d’Israël ; nous sommes vers 735 avant J.C. : l’ancien royaume de David est divisé en deux petits royaumes, depuis environ 200 ans ; deux rois, deux capitales : Samarie au Nord, Jérusalem au Sud ; c’est là, à Jérusalem, que règne la dynastie de David, celle dont naîtra le Messie. Un jeune roi de 20 ans, Acaz, vient de monter sur le trône de Jérusalem, et il se trouve devant une situation politique très compliquée : son petit royaume de Jérusalem est pris en étau entre deux camps rivaux. Le premier camp, c’est la puissance montante au Proche-Orient, l’empire Assyrien, dont la capitale est Ninive qui menace toute la région. L’autre camp, ce sont les deux petits royaumes de Syrie et de Samarie qui se révoltent contre Ninive et font le siège de Jérusalem pour détrôner Acaz et le remplacer par un autre roi qui acceptera d’être leur allié dans la guerre d’indépendance contre Ninive.

Acaz est pris de panique ; Isaïe commence par l’inviter au calme et à la confiance : fais confiance à la promesse que Dieu a faite pour ta dynastie. Mais Acaz va chercher son salut ailleurs qu’en Dieu. Il offre des sacrifices à toutes les idoles et va même jusqu’à faire la chose la plus atroce : il a tué son fils unique pour l’offrir en sacrifice (le deuxième livre des Rois dit « il fit passer son fils par le feu »).

Finalement Acaz ne voit qu’une issue : pour éviter la menace immédiate de ses deux voisins, les rois de Damas et de Samarie, il est décidé à demander l’appui de l’empereur assyrien ; Isaïe est très opposé à cette solution, car tout se paie ! Acaz, en demandant cet appui, perd son indépendance politique et religieuse.

C’est là qu’Isaïe prononce les paroles que nous avons entendues aujourd’hui. Il dit à Acaz ‘puisque tu as du mal à croire, demande à Dieu un signe ; tu peux le demander sur les hauteurs ou dans les vallées… Dieu règne partout’. Acaz lui fait une réponse abominablement hypocrite :

« Non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. »

Dieu, qui veut sauver son peuple, lui donne quand même un signe : la « jeune femme » (c’est-à-dire la jeune reine) est enceinte ; et l’enfant qu’elle va donner au roi s’appellera justement « Dieu est avec nous ». Car rien n’empêchera la fidélité promise par Dieu à la descendance de David et à son peuple. Dieu reste fidèle à ses promesses ; les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance (Rm 11, 29).

Le comportement d’Acaz n’est hélas pas unique. Il reflète une attitude fréquente : dans des situations désespérées, l’homme préfère se tourner vers d’autres solutions que vers Dieu. On le voit bien aujourd’hui chez bien des gens qui recourent aux diseuses de bonne aventure, à la magie, à la sorcellerie ou à d’autres pratiques douteuses et qui, ce faisant, s’enfoncent encore plus dans leur malheur.

On le voit bien dans des attitudes laïcistes qui ne supportent plus la crèche et s’enfoncent dans des options qui ne font qu’envenimer la situation.

Le besoin de salut se révèle souvent à travers des expériences de limite : l’échec malgré les efforts, l’expérience de faire le mal même en voulant le bien (cf. Rm 7), de ne pas arriver à aimer comme on le voudrait, d’une division intérieure, l’impossibilité de trouver la paix, la joie ou l’amour durable, le sentiment d’être dans une situation sans issue.

Dans tous ces cas, il n’est pas rare s’endurcir et de ne pas voir la réalité en face. Certaines personnes ont des épreuves mais ne veulent pas demander à Dieu son aide, et encore moins écouter ses conseils.

Un grand enjeu pour l’homme – pour nous aussi – est d’accepter d’être sauvé par Dieu. L’homme aimerait ne pas avoir besoin d’être sauvé par Dieu ; il préfère se débrouiller tout seul. Le plus grand obstacle au salut n’est pas le péché, mais l’orgueil. L’orgueil fait percevoir le salut comme une humiliation.

Bonté de Dieu qui veut vraiment nous sauver

C’est précisément dans cette situation désespérée que Dieu donne la naissance de l’Emmanuel comme un signe. Jésus-Emmanuel nous est donné sans même que nous le demandions ; Dieu est tellement remué de nous voir nous enfoncer dans notre malheur.

Ce n’est pas pour rien que Jésus porte le nom d’‘Emmanuel’. Dieu ne reste pas à distance. Dieu ne veut pas nous sauver de loin, du bout des doigts. Dieu ne craint pas de se faire proche, tellement proche qu’il se fait homme. Dans la Bible, on voit constamment Dieu faire le premier pas. S’il se révèle sa présence à Moïse c’est bien en vue de libérer le peuple (Ex 3, 12).

Le sens de notre péché peut nous faire désespérer de la proximité de Dieu. Saint Pierre disait à l’occasion de la pêche miraculeuse :

« Eloigne-toi de moi, je suis un homme pécheur. » (Lc 5, 8)

La Bonne nouvelle, c’est que Dieu n’attend pas que nous soyons parfaits pour se révéler à nous. Jésus nous révèle de vrai visage de Dieu.

“La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.” (Rm 5, 8)

A propos du nom d’Emmanuel, il y a une très belle homélie d’Aelred de Rielvaux :

« « Emmanuel, qui se traduit ‘ Dieu-avec-nous ’ ». Oui, Dieu avec nous ! Jusqu’alors, il était « Dieu au-dessus de nous », « Dieu en face de nous », mais aujourd’hui il est « Emmanuel ». Aujourd’hui il est Dieu avec nous dans notre nature, avec nous dans sa grâce ; avec nous dans notre faiblesse, avec nous dans sa bonté ; avec nous dans notre misère, avec nous dans sa miséricorde ; avec nous par amour, avec nous par lien de famille, avec nous par tendresse, avec nous par compassion… Dieu avec nous ! … Dieu descend du ciel pour être Emmanuel, Dieu-avec-nous. Il vient chez nous pour être Emmanuel, Dieu-avec-nous, et nous, nous négligeons de venir à Dieu pour être en lui ! »
« Comment pourrait-il être davantage avec moi ? Petit comme moi, faible comme moi, nu comme moi, pauvre comme moi — en tout, il est devenu semblable à moi, prenant ce qui est mien et donnant ce qui est sien. »

Alors que faire pour bénéficier du salut qui nous est proposé ?

Le salut est entièrement un don de Dieu, fruit de son amour gratuit et miséricordieux.

« C’est par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi ; cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. » (Ep 2,8)

Dieu ne sauve pas l’homme sans lui. Saint Augustin résume cette tension par une formule célèbre :

« Celui qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi. »

Ce que Dieu attend de nous, c’est essentiellement la confiance. En effet, Dieu ne nous sauve pas forcément comment nous l’imaginons. Il ne nous revient pas de lui dicter sa manière de faire. Sa manière de faire est souvent déroutante pour nous.

L’évangile de ce jour nous donne un grand modèle pour accueillir le salut de Dieu. L’Évangile dit de Joseph qu’il est un « homme juste » (Mt 1,19). Cela signifie qu’il est droit devant Dieu, fidèle à la Loi, disposé à accueillir la volonté divine. Le discernement n’est pas facile. Saint Joseph tâtonne pour savoir la bonne attitude à avoir. Le Seigneur le laisse « patauger ». Il ne lui épargne pas le côté laborieux de la recherche. De toute sa bonne volonté, Joseph fait des plans et Dieu bouleverse ses plans. Il ne s’entête pas. Joseph ne parle pas : il écoute. Il suit fidèlement ce que le Seigneur lui demande. Nous pouvons admirer sa souplesse intérieure.

Joseph est déconcerté par la manière dont Dieu agit. Mais heureusement, Joseph est humble. Il accepte d’agir sans tout comprendre tout de suite. Cette confiance se traduit par un acte concret d’obéissance :

« Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit. » (Mt 1, 24)

Il a une véritable attitude de serviteur. Nous sommes impressionnés par la docilité de Saint Joseph. Il est le modèle du serviteur. En cela il est un bel héritier d’Abraham notre père dans la foi.

Pour nous aussi, il ne nous est pas toujours facile de discerner la volonté de Dieu. C’est essentiellement en faisant confiance que nous accueillons le salut que Dieu vient nous offrir.

Conclusion :

À quelques jours de la grande fête de Noël, demandons à Joseph et à Marie son épouse, de rechercher notre salut en Jésus et non pas dans des pseudo-saluts alternatifs. Demandons cette grâce de la confiance. Le salut n’est pas seulement pour le terme de notre vie ; il nous est donné maintenant. C’est dès maintenant que la vie de Dieu peut circuler en nous. En effet, le salut chrétien n’est pas seulement être sauvé de quelque chose (le péché, la mort), mais être sauvé pour une communion avec Dieu, une vie filiale, une participation à la vie divine.
Alors nous aurons vraiment part à la joie de Noël.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 7,10-16.
  • Psaume 24(23),1-2.3-4ab.5-6.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 1,1-7.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 1,18-24 :

Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret.
Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : ‘Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel’, qui se traduit : « Dieu-avec-nous »

Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.