Texte de l’homélie
Frères et sœurs bien-aimés,
Vous l’avez certainement remarqué au fil des lectures des dimanches de l’Avent : l’Écriture sainte évoque fréquemment une présence dont nous parlons pourtant assez peu, celle des anges. Ils traversent toute la Bible, de l’Ancien Testament jusqu’à l’Annonciation faite à la Vierge Marie puis à saint Joseph. C’est sur ces créatures célestes que j’aimerais méditer avec vous aujourd’hui. De quoi s’agit-il exactement ? Il s’agit de créatures spirituelles. Nous confessons dans le Credo que Dieu est le créateur du monde « visible et invisible ». Nous croyons ainsi qu’il existe un autre monde, incalculable par nos cinq sens, mais pleinement accessible par la foi. Contrairement aux hommes, composés d’esprit et de matière, les anges sont des esprits purs. Ils ont pour vocation première de louer Dieu devant son trône, mais aussi de nous soutenir. Pourtant, nous ne faisons pas assez souvent appel à eux. L’Apocalypse nous enseigne que ces créatures spirituelles sont innombrables, et la tradition chrétienne rappelle qu’un ange gardien est dédié à chacun d’entre nous pour nous accompagner dans notre vie spirituelle. Pour beaucoup d’entre nous qui ne sommes pas des mystiques, ce monde invisible peut paraître éthéré ou lointain. Le fondateur de notre communauté — les Serviteurs de Jésus et de Marie —, à laquelle frère Jean-Pierre et moi-même appartenons, était un mystique : il voyait les anges aussi nettement que je vous vois aujourd’hui. Il vivait dans cette proximité immédiate avec le monde invisible. Quelle est donc la mission des anges auprès de nous ? Elle est de soutenir notre intelligence dans l’accomplissement de la volonté de Dieu et de nous prêter main-forte dans le combat spirituel. Un ange ne sert pas simplement à trouver une place de parking ou à obtenir un billet de train en période de grève ; sa fonction essentielle est d’ordre spirituel.
Dans les Évangiles, nous voyons les anges intervenir à deux moments charnières de la vie du Christ : au désert, après la tentation, où ils se mettent à le servir, puis au jardin des Oliviers, lors de l’agonie. Dans ce moment d’angoisse extrême, l’ange vient fortifier l’intelligence humaine du Christ,pour l’aider à accomplir jusqu’au bout la volonté du Père. S’il existe de bons anges, il existe aussi de mauvais anges : les démons. Il est d’ailleurs frappant de constater que dans les Évangiles, les premiers à confesser la divinité du Christ sont souvent les démons :
« Ah ! Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » (Mc 1, 24 / Lc 4, 34)
Le démon n’a pas de doute quant à l’existence de Dieu. La tradition de l’Église enseigne que, tout comme l’humanité a traversé l’épreuve de la liberté au Jardin d’Éden, les anges ont eux aussi connu une épreuve spirituelle. Celle-ci portait vraisemblablement sur le mystère de l’Incarnation. Devant le projet de Dieu de s’incarner dans la faiblesse de la chair humaine, Lucifer — un archange d’une splendeur éclatante — s’est enorgueilli et a refusé de se soumettre. Contrairement aux hommes, les créatures purement spirituelles voient d’emblée l’intégralité des conséquences de leurs actes ; leur choix pour ou contre Dieu est donc définitif et éternel. C’est pourquoi nous devons demander l’aide de nos anges gardiens dans le combat spirituel. La tentation s’infiltre souvent par notre imaginaire : elle glisse en nous des pensées de médisance, de convoitise ou de découragement. Lorsque nous traversons ces tiraillements pour rester fidèles à notre foi, à notre vocation ou à notre état de vie, nous devons supplier notre ange gardien de venir à notre secours. Regardez saint Joseph dans le récit de l’Annonciation. Recevoir l’annonce que sa fiancée attend un enfant de l’Esprit Saint représentait pour lui un combat spirituel d’une immense intensité. Il a fallu l’intervention et le soutien de l’ange pour lui révéler le dessein de Dieu et lui donner la force de prendre Marie chez lui. Ce monde invisible m’évoque l’univers du Monde de Narnia de C.S. Lewis. À travers la métaphore de l’armoire magique, l’auteur a voulu faire pressentir aux lecteurs l’existence d’une autre réalité. Lorsque les enfants reviennent dans leur monde ordinaire, ils savent désormais qu’un autre royaume existe. C’est précisément ce que nous disent les mystiques comme Marthe Robin ou notre fondateur : entre le ciel et la terre, il n’y a que l’épaisseur d’un papier de cigarette. La fête de Noël est précisément la rencontre de ces deux mondes : l’invisible devient visible, l’éternel entre dans le temps, le spirituel prend chair. Alors que les hommes ont toujours cherché à bâtir des ponts pour s’élever jusqu’à Dieu, le Christ est venu nous dire : Le pont, c’est moi :
« Qui m’a vu a vu le Père. » (Jn 14, 9)
Bien que ce monde nous soit invisible, il n’en est pas moins réel. L’essentiel est souvent invisible aux yeux, mais il est pleinement saisissable pour le cœur et par la foi.
En cette veille de Noël, demandons au Seigneur la grâce d’être les témoins de cet invisible Le chrétien est celui qui porte en lui plus que lui-même : il abrite une dimension intérieure qui touche déjà à l’éternité. Croyons fermement qu’en ce moment même, nos anges gardiens, la Vierge Marie et nos défunts entrés dans la paix de Dieu sont à nos côtés, et rejoignons-les par notre prière.
Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre d’Isaïe 7,10-16.
- Psaume 24(23),1-2.3-4ab.5-6.
- Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 1,1-7.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 1,18-24 :
Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret.
Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : ‘Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel’, qui se traduit : « Dieu-avec-nous »Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.