Homélie du cinquième dimanche de Pâques

4 mai 2026

« Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père. »

Cette homélie a été prononcée au cours de la messe dominicale célébrée à l’église Saint-Germain de Compiègne.

Écouter l’homélie

Texte de l’homélie

« Si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes. » (Jn 14,11)

C’est intéressant de voir les premiers pas de l’Église naissante et de voir comment les choses se déroulaient. On sent une véritable agitation. A l’image du début de notre célébration aujourd’hui, où le micro manquait, les choses n’étaient pas encore en place et les pères n’avaient pas les clés. L’Eglise n’échappe pas aux imprévus. Il ne faut pas paniquer : c’est ainsi qu’elle fonctionne depuis ses origines. Il y a de l’agitation, des tensions, on court un peu, et l’on cherche des personnes pour aider précisément au service de la table.

Pour bien mesurer la difficulté, il convient de poser quelques éléments de contexte. Le texte nous dit que les frères de langue grecque récriminaient contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien, l’équivalent dirait-on aujourd’hui, au Secours Catholique. A l’inverse, les juifs convertis au Christ semblaient un peu plus favorisés. Rien de nouveau sous le soleil. Dans la mentalité juive de l’époque, il existait une réelle barrière vis-à-vis de la tradition grecque. Pour les juifs, tout ce qui touchait à la philosophie ou à la langue grecque s’apparentait au polythéisme et à une forme d’idolâtrie. Par exemple, dans la traduction de la Bible hébraïque, il y a des choses qui nous sont venues en grec, mais les Juifs, eux, ne le lisent pas, y voyant un risque d’idolâtrie. Les veuves grecques étaient donc mises de côté parce qu’elles n’étaient pas jugées parfaitement « casher ».

Rappelons aussi que Jésus vient de Nazareth, en Galilée, une région surnommée le « carrefour des nations ». Il y avait évidemment tout un mélange de cultures qui était mal vu par la Judée et sa capitale, Jérusalem, précisément à cause de ce métissage. Or la tradition juive a horreur des mélanges ; elle recherche la pureté, ce qui est casher. Au-delà des inégalités matérielles, il y avait donc une profonde barrière culturelle à surmonter pour faire chemin commun. C’est là, justement, que Jésus qui nous dit :

« Croyez aux oeuvres. »

Face à la crise, les douze apôtres convoquent l’assemblée et déclarent :

« Il n’est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Choisissez plutôt parmi vous, frères, des hommes estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse, à qui nous confierons cette charge. » (Ac 6,2-3)

Parmi les noms retenus, plusieurs sont d’origine grecque, comme Parménas ou Philippe (dont le nom signifie « celui qui aime les chevaux »).

L’Eglise veille ainsi à intégrer des gens locaux, d’autres qui viennent de l’extérieur, comme ça, tout le monde veillera sur ces veuves. Et finalement, cette solution a plu à tout le monde. Voilà le chemin. Face à une injustice culturelle consistant à défavoriser certaines veuves sous prétexte qu’elles étaient étrangères, la communauté s’est tournée vers les apôtres, vers l’Église qui est le Christ continué. Quand Jésus nous dit :

« Moi je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jn 14,6)

Il nous invite à regarder sa pédagogie, qui est une pédagogie de communion. Il nous dit : « Asseyez-vous, faites silence en vous-même, vous êtes agités ». Les Actes des Apôtres regorgent de moments de crise. Mais c’est précisément dans cette agitation que nous faisons chemin ensemble, parce que nous sommes une communauté, que nous nous remettons face à la présence du Seigneur en nous, face à la grâce que le Seigneur nous a donnée par le saint baptême, et que nous nous en remettons au Saint-Esprit. C’est le cas d’Étienne, homme rempli de foi et d’Esprit Saint, dont le martyre viendra plus tard.

En disant « », Jésus se présente comme celui qui nous enseigne la communion. C’est pourquoi notre participation à l’Eucharistie dominicale est essentielle : elle nous apprend à faire route commune. Car cela n’a rien d’intuitif. Que ce soit dans les familles, les communautés religieuses, les paroisses, les environnements professionnels et internationaux, faire route commune n’a rien d’intuitif. Si l’amour mutuel était spontané, Jésus n’en n’aurait pas fait un commandement nouveau.

A travers le pain et le vin consacrés, le Seigneur, qui est le chemin, la vérité et la vie, nous montre comment procéder. Il agit par la grâce du Saint-Esprit, reçu à notre baptême, source de toute communion. Il nous conduit aussi dans la vérité. Avec lui, nous ne cachons pas les problèmes sous le tapis. Oui, il y avait une injustice envers les veuves de traditions grecques. Mais l’Eglise a fait la vérité. Nous aurions pu faire d’une autre manière et prétendre que tout allait bien. Par exemple, dans mon éducation, j’ai reçu une culture du « pas de vague ». J’ai appris à rentrer et à me confronter, dans la vie religieuse, à dire je. Nous pouvons être en désaccord sans pour autant manquer d’affection ou d’entraide.

Enfin, de cette vérité et de cette communion naît le Vie. Les Actes des Apôtres décrivent une vie ecclésiale naissante, mais fragile, comme toute vie humaine. Elle l’a toujours été, bousculée de toutes parts, par les vents de l’histoire, les difficultés des uns et des autres, par le péché des hommes aussi. Pourtant, c’est au cœur de cette fragilité que le Seigneur, qui est chemin, vérité et vie, se donne dans l’Eucharistie. A travers la simplicité du pain et du vin consacrés, il nous offre la pédagogie nécessaire pour rendre nos existences plus vivantes.

Frères et sœurs bien aimés, soyons pleins de gratitude, d’être disciples de Jésus, parce que nous avons une manière de faire, un process, une pédagogie que nous a enseignés le Seigneur depuis le début de la fondation de l’Église. Il y aura plein de moments où nous voyons dans les Actes des Apôtres des tensions mais elles font parties de la vie. J’allais dire qu’il n’y a qu’au cimetière, que nous sommes complètement détendus ! Le problème n’est pas l’existence des tensions, mais la manière dont cette vie ecclésiale cherche à s’unifier.

Donc partons de ce qui est vivant en nous en faisant la vérité et en contemplons la manière de procéder du Seigneur. Alors oui, notre vie sera encore plus vivante. Saint Pierre apôtre, dans la deuxième lecture nous le rappelle :

« Approchez-vous du Seigneur Jésus, il est la pierre vivante rejetée par les hommes. Vous aussi, comme des pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle. » (1 Pe 2,4-5)

Si nous prenons justement les œuvres, nous voyons : qu’il y a une demeure spirituelle qui se construit en nous. Ce n’est ni simple, ni spontané. Je suis le chemin, la vérité, la vie, les œuvres qui seront faites nous rendront plus vivants. : Vous êtes des pierres vivantes. parce qu’on aura mis la construction spirituelle, le contact avec le Saint-Esprit, au cœur même de notre vie.

Je pense que c’est un très beau passage, un très beau temps, qui fait écho à l’agitation que nous avons vécue pour ceux qui étaient là au tout début de l’Eucharistie. C’est tout à fait normal. L’agitation n’empêche pas l’existence d’un chemin, ni le déploiement de la vie. Ne demandons pas un monde absolument parfait comme si c’était ça que Jésus était venu nous apporter. Des tensions, lui-même, il en a apporté un certain nombre. Il a fait la vérité. Vous vous souvenez, au tout début, la présentation de Jésus au temple ? Le vieillard Siméon annonce que les cœurs de beaucoup seront bouleversés, une prophétie que Marie, elle-même ne comprenait pas.

Je trouve que : celui qui fait la vérité vient à la lumière. Soyons dans une attitude de reconnaissance et identifions les mots, les lieux de tension dans nos vies. Il y en a forcément. Et demandons-nous comment cette phrase : « Je suis le chemin, la vérité, la vie », cette pédagogie, je peux l’appliquer à ce lieu de tension ? Certainement pas en trouvant tout seul la solution, mais en s’asseyant, en faisant silence et en répondant à cet appel d’annoncer les merveilles de Celui qui nous a appelés des ténèbres à Son admirable lumière. Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 6,1-7.
  • Psaume 33(32),1-2.4-5.18-19.
  • Première lettre de saint Pierre Apôtre 2,4-9.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 14,1-12 :

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ?
Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. »
Thomas lui dit :
— « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus lui répond :
— « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. »
Philippe lui dit :
— « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »
Jésus lui répond :
— « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres.
Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes.
Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père. »