Homélie du cinquième dimanche de Pâques

4 mai 2026

« Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père. »

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Texte de l’homélie

Chers frères et sœurs, les lectures de ce jour soulignent de diverses manières la place centrale de Jésus dans notre foi : Jésus est la pierre vivante que les hommes ont éliminée, mais que Dieu a choisie ; Il est le Chemin, la Vérité et la Vie ; celui qui a vu Jésus a vu le Père.

Même si cela peut paraître une évidence, je désire commencer par rappeler quelques textes de la Parole de Dieu qui nous montrent combien Jésus est central dans notre foi chrétienne.
Dans un deuxième temps, je verrai combien Jésus est central dans la vie de quelques saints : saint Paul, saint François d’Assise, sainte Thérèse d’Avila.
Et enfin, que faire pour que Jésus ait une place vraiment centrale dans ma propre vie.

Jésus au centre de notre foi dans le Nouveau Testament

Je retiendrai seulement trois « lieux » où Jésus est central.

Jésus est LE chemin pour connaître Dieu, la révélation parfaite de Dieu

Tout d’abord, c’est par Jésus qu’il nous est donné de connaître notre Père du Ciel. C’est précisément l’une des raisons de Son incarnation :

« Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique est celui qui l’a fait connaître. » (Jn 1, 18)

Ou, dans la réponse de Jésus à Philippe :

« Celui qui m’a vu a vu le Père. » (Jn 14, 9)

Ou encore dans l’épître aux Hébreux :

« Dieu nous a parlé par le Fils. Il est le reflet de sa gloire et l’empreinte de sa personne… » (Hb 1, 1-3)

C’est aussi l’une des significations de la réponse de Jésus à Thomas dans l’évangile de ce jour :

« Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14, 6)

C’est par Jésus que nous est donné le salut

Non seulement Jésus nous fait connaître Dieu mais Il nous donne d’avoir accès à Lui.
Saint Pierre le dit très bien après la Pentecôte :

« Il n’y a de salut en aucun autre ; car il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. » (Ac 4, 12)

C’est aussi ce que Jésus disait dans l’évangile du Bon Pasteur :

« Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. » (Jn 10, 9)

Cela revient de multiples manières :

« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » (Jn 3, 16)

La vie éternelle est en Jésus, pas ailleurs :

« Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie. » (Jn 3, 36)
« Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. » (1 Jn 5, 11-12)

Jésus est le médiateur unique :

« Il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme. » (1 Tm 2, 5)

Jésus, Seigneur et centre de tout

Jésus n’est pas seulement Sauveur : Il est Seigneur universel. Il a une autorité cosmique :

« En lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui. Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église : c’est lui le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté. » (Col 1)

Jésus, central dans la vie des saints

Pour les saints, cette place centrale de Jésus ne reste pas pour ainsi dire une théorie. Ils ont une relation vivante avec Jésus, une relation éminemment personnelle. Cette place centrale s’inscrit de manière particulière pour chacun.
Je me limiterai à trois exemples : Saint Paul, Saint François d’Assise, et Sainte Thérèse d’Avila.

Saint Paul

Depuis la rencontre qu’il a faite sur le chemin de Damas, c’est devenu pour Saint Paul une évidence qui a transformé toute sa vie :

« Il fut précipité à terre ; il entendit une voix qui lui disait : ‘Saul, Saul, pourquoi me persécuter ?’
Il demanda : ‘Qui es-tu, Seigneur ?’ La voix répondit : ‘Je suis Jésus, celui que tu persécutes.’ » (Ac 9)
« En effet, l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux. » (2 Co 5)

Saint Paul a des formules extrêmement fortes :

« Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20) « Le Christ est ma vie. » (Ph 1, 21)
« Tous ces avantages que j’avais, je les ai considérés, à cause du Christ, comme une perte. 08 Oui, je considère tout cela comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ. » (Ph 3)

Quand Saint Paul traite de morale, son point de référence, c’est vraiment le Seigneur :

« Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père. Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ; dans le Seigneur, c’est ce qui convient. Vous les enfants, obéissez en toute chose à vos parents ; cela est beau dans le Seigneur. » (Col 3)

Saint François d’Assise

Depuis la rencontre du lépreux ou saint Damien où Jésus lui demande de réparer sa maison, Jésus est devenu vraiment la référence de François d’Assise.

Saint François avait à cœur de se représenter les événements de la vie de Jésus pour se pénétrer de ses sentiments. C’est ainsi qu’il a fait la première crèche à Greccio. C’est aussi l’école franciscaine qui développé les chemins de croix.

La prière qu’il faisait au moment où il a reçu les stigmates est très caractéristique :

« Seigneur Jésus-Christ, accorde-moi deux grâces avant que je meure. Autant que cela est possible, que, dans mon âme et mon corps, je puisse éprouver les souffrances que tu as dû subir dans ta cruelle passion et ressentir cet amour démesuré qui t’a conduit, toi, le Fils de Dieu, à souffrir tant de peines pour nous, misérables pécheurs. »
« Seigneur, je t’en prie, que la force brûlante et douce de ton amour prenne possession de mon âme et l’arrache à tout ce qui est sous le ciel, afin que je meure par amour de ton amour, comme Tu as daigné mourir par amour de mon amour. Amen »

Il veut l’imiter et le suivre à la lettre. Ses disciples ont développé, non sans quelques excès, les « conformités » de saint François avec Jésus.

Sainte Thérèse d’Avila

Thérèse entre jeune au couvent, mais pendant longtemps sa vie est partagée. D’un côté, elle est attirée par Dieu ; d’un autre côté, elle se laisse prendre dans un certain nombre de distractions et de mondanités. Sa conversion s’opère presque à l’improviste, quand la vue d’une statue du Christ aux outrages lui fait mesurer l’immensité du don divin et la mauvaise manière dont elle y répond.

À partir de cette conscience vive de l’amour de Jésus pour elle, elle change complètement. Sa prière s’approfondit et devient maîtresse d’oraison. Voilà comment elle la définit :

« L’oraison est un commerce d’amitié, où l’on s’entretient souvent, seul à seul, avec Celui dont on se sait aimé. »

Thérèse, qui est une vraie mystique, insiste sur le fait qu’on ne doit jamais “dépasser” (si je puis dire) Jésus. Elle met en garde contre une spiritualité trop abstraite, une recherche d’expériences détachées du Christ. Toute vraie vie spirituelle passe par l’humanité de Jésus.

Celle qui se nomme « Thérèse de Jésus » nous ramène toujours à cette relation vivante et personnelle avec Jésus.

Comment donner à Jésus une place centrale dans notre vie ?

On peut prendre l’image du système solaire : soit Jésus est le soleil (tout gravite autour de lui) soit Il est une planète parmi d’autres. Je retiendrai trois manières de donner à Jésus une place centrale.

Prier

C’est d’abord de dédier du temps à Jésus pour la prière. Dans notre vie, une première manière qui dit l’importance des choses dans notre cœur, c’est le temps que nous y consacrons.

Il est bon de connaître des choses sur Jésus mais il est mieux encore de le connaître Lui. Nous voyons quelquefois des gens qui accumulent des connaissances bibliques ou théologiques mais sans développer une relation vivante avec Jésus. De ce fait, Jésus devient un objet d’étude, pas une personne aimée. Comme le dit saint Paul :

« La connaissance rend orgueilleux, tandis que l’amour fait œuvre constructive. » (2 Co 8, 1)

Pour développer notre relation avec Jésus, nous avons besoin de prendre du temps dans la prière, que ce soit l’oraison, l’adoration, la méditation du chemin de Croix ou autre chose.

On peut se poser quelques questions : concrètement, est-ce que je commence ma journée avec Jésus ? Et pendant la journée ? Avant de m’endormir ? À quoi je pense spontanément dans la journée ? Qu’est-ce qui me préoccupe le plus ? Qu’est-ce qui me donne de la joie… ou de l’angoisse ?

Donner à Jésus la première place

Dans la manière d’organiser notre vie, nous voyons si Jésus a la première place ou une place plus périphérique. Cela peut être très concret, comme pour la messe dominicale : a-t-elle vraiment la priorité sur d’autres activités ? En quoi ma foi en Jésus cela dicte mes choix ? Est-Il la pierre angulaire à partir de laquelle j’aligne tout dans ma vie ?

Certains sont aussi guettés par une sorte de syncrétisme spirituel avec des pratiques issues du bouddhisme ou de l’hindouisme ; une recherche d’“énergie”, de “fusion”, ou de “vide intérieur” ; chercher une expérience spirituelle sans passer par Jésus. De ce fait, Jésus devient optionnel, ou un maître parmi d’autres. Dans le développement personnel, on peut être très centré sur soi !

Développer une dépendance réelle

D’une manière un peu différente, on peut se demander si notre vie est vraiment fondée sur le Christ. Quels sont mes points d’appuis où je trouve ma sécurité ? Quelquefois cela peut être, hélas bien d’autres choses : réussite, regard des autres, sécurité matérielle, …

La parole de Jésus est forte :

« Sans moi vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15, 5)

Nous pouvons essayer de repérer les domaines de notre vie où nous voulons garder le contrôle : avenir, relations, image, …

Cela passe par l’obéissance à ce que Jésus nous demande, même si cela peut nous coûter à certains moments :

« Que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. » (Lc, 22, 41)

Est-ce que je cherche Sa volonté, ou seulement Sa bénédiction ?

Conclusion :

Elle me paraît évidente : la Vierge Marie est la mieux à même de nous apprendre à mettre Jésus à la première place.
Qu’en ce mois où nous La prions d’une manière plus particulière, Elle nous conduise un peu plus vers Jésus.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 6,1-7.
  • Psaume 33(32),1-2.4-5.18-19.
  • Première lettre de saint Pierre Apôtre 2,4-9.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 14,1-12 :

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ?
Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. »
Thomas lui dit :
— « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus lui répond :
— « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. »
Philippe lui dit :
— « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »
Jésus lui répond :
— « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres.
Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes.
Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père. »