Homélie du quatrième dimanche de Pâques

20 mai 2017

« Avec l’Église, prions pour les vocations ! »

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Frères et sœurs,
Une vocation c’est quelque chose de beau ! Quand on est appelé, on a beaucoup de chance !
Aujourd’hui dans l’Église universelle, nous prions pour les vocations, et particulièrement pour les vocations de prêtres et de personnes consacrées.

Je vous propose tout d’abord de prendre deux exemples de vocations, puis nous pourrons réfléchir un peu plus à cette question :

Voici pour commencer deux beaux exemples de vocations.

La vocation de Saint Pierre

Les deux premières lectures de ce jour nous montrent deux belles facettes de la vocation de Saint Pierre.
Dans la première lecture, se trouve un passage fondamental : un extrait du discours de Saint Pierre le jour de la Pentecôte. Ce jour-là, Saint Pierre est tout feu tout flamme, il s’exprime en prenant la parole d’une voix forte, avec assurance :

« Comprenez ce qui se passe aujourd’hui, écoutez bien ce que je vais vous dire, que tout le peuple d’Israël en ai la certitude :
"Ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ". »

Ceux qui l’entendent sont remués jusqu’au fond d’eux-mêmes et disent à Pierre et aux autres apôtres : "Que devons-nous faire ?"

« Convertissez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ, pour obtenir le pardon de ses péchés.
Alors vous recevrez le don du Saint-Esprit. »

On voit la beauté de la vocation de saint Pierre, il a conscience ce jour-là en particulier qu’il est comme un intermédiaire.
Il connaît sa faiblesse, il en a pris conscience, mais en même temps il sait qu’il a été choisi pour proclamer cette parole sinon les gens n’ont pas la clé pour comprendre ce qui se passe ce jour-là.

Dans la deuxième lecture, un extrait de la première lettre de saint Pierre nous donne un contexte complètement différent : Saint Pierre s’adresse à des gens qui sont dans la souffrance et à ce moment-là, il leur donne à nouveau une clé : "Regardez Jésus".
Pierre était proche de Jésus, mais l’exemple de Jésus a changé quelque chose et il souhaite transmettre ce qu’il a expérimenté avec Jésus à ceux qui sont dans la souffrance, afin qu’ils puissent la vivre un peu moins mal.
Grâce à ces paroles, ils trouveront un sens à leur souffrance, ils trouveront une fécondité à leurs souffrances.

La vocation de Saint Vincent de Paul

Cette année dans le diocèse, on fait mémoire du 400e anniversaire de la conversion de Saint Vincent de Paul, en 1617. Saint Vincent de Paul était déjà prêtre à ce moment-là, depuis 17 ans, mais il n’ était pas encore vraiment converti.
Ce jour-là il est appelé au chevet d’un meunier qui est mourant et qui a bien besoin de se confesser. Saint Vincent de Paul reçoit sa confession et le meunier témoigne de ce moment de grâce pour lui.

Madame de Gondi, qui accompagnait Saint Vincent de Paul, lui propose de prêcher devant toutes les personnes du secteur pour profiter aussi de cette grâce de la confession. Saint Vincent de Paul fait alors un célèbre sermon, le 25 janvier 1617, qui marque vraiment le début de son ministère, origine de la Congrégation des Lazaristes qu’il a ensuite créée.
Il prêche à tous les paysans qui sont là et tous se laissent toucher, un peu comme avec Saint Pierre le matin de la Pentecôte. Les paysans en profitent et veulent se confesser, mais Saint Vincent de Paul est changé ce jour-là, il voit que Dieu s’est servi de lui pour toucher les cœurs.

Saint Vincent de Paul était prêtre un peu par intérêt, et ce jour-là sa vie change. Avant c’était Vincent de Paul, après ce sera Saint Vincent de Paul, parce qu’à ce moment là il se laisse toucher par le besoin des gens et il voit que Dieu l’a choisi pour donner quelque chose aux gens.
Quelques mois après, il va commencer à organiser la charité pour les personnes qui sont malheureuses. Tout a démarré en ce jour de 1617, pas très loin d’ici.

Pourquoi Dieu a-t-il besoin de vocations ?

Dieu est pourtant plus grand qu tout, Il pourrait bien se passer de nous. Mais Jésus a voulu venir sur terre. Il aurait pu s’en passer, pourquoi ? C’est pour qu’on Le voie, qu’on puisse Le toucher, qu’il y ait un visage sur l’amour de Dieu, que ce ne soit pas trop abstrait pour nous et qu’on Le voit incarné dans une personne.

Une vocation, c’est aussi cela : donner comme une humanité de surcroît à Jésus, qui veut - à travers une voix, un visage, des mains, qui sont ce qu’ils sont - pouvoir rejoindre les gens aujourd’hui, mais de façon bien concrète, à l’intime de notre prière, mais avec un visage bien concret.

Michel Quoist mets ces paroles sur les lèvres de Jésus :

« J’ai besoin de tes mains pour continuer à bénir,
J’ai besoin de tes lèvres pour continuer de parler,
J’ai besoin de ton corps pour continuer à souffrir pour les pécheurs,
J’ai besoin de ton cœur pour continuer d’aimer,
J’ai besoin de toi pour continuer de sauver, de pardonner ».

… et l’on pourrait rajouter

« J’ai besoin de toi pour me rendre présent sous les espèces du pain et du vin »

Être appelé, c’est cette grâce de pouvoir donner à Jésus comme une humanité de surcroît, pour rejoindre les gens d’aujourd’hui, pour qu’il ait un visage concret.

Dans le même sens, le curé d’Ars nous dit :

« A quoi servirait une maison remplie d’or, si vous n’aviez personne pour vous en ouvrir la porte ?
Le prêtre a la clef des trésors célestes. C’est lui qui ouvre la porte ; il est l’économe du bon Dieu, l’administrateur de ses biens. »

Saint Pierre a donné la clé pour comprendre ce qui se passait le jour de la Pentecôte, une vocation de prêtre est comme une clé sur les trésors de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus, qui sont là comme inutilisés si personne n’est là pour transmettre ces trésors de grâce.

Comme Jésus nous le dit dans l’évangile, Il est venu pour que les hommes aient la vie, non pas une vie rabougrie, mais pour qu’ils l’aient en abondance.
Pourquoi Dieu s’est servi d’intermédiaires ? C’est parce qu’Il veut des personnes bien concrètes.

Quelques points pratiques

Sans doutes me répondrez-vous :

  • On peut parler de Jésus sans être religieuse, on peut témoigner de Jésus sans être prêtre, une multitude de laïcs font cela très bien et ont une vie beaucoup plus rayonnante que bien des prêtres et des religieuses.
    Et pourtant, ce n’est quand même pas la même chose que de se rendre disponible à 100% pour Jésus. Cela implique bien sûr des renoncements - renoncer à se marier, à avoir une famille, à avoir une belle carrière professionnelle - mais en même temps dans la vie du mariage et familiale il y a aussi beaucoup de renoncements. Mais on mesure moins cela au point de départ que pour la vie consacrée.
    Il ne faut pas se faire d’illusion : dans toute vie, il y a des renoncements. Et quand l’on regarde en arrière, on peut réaliser que cela a été une grâce de pouvoir faire ces renoncements.
  • Au moment de discerner, quand on hésite à devenir prêtre ou religieuse, on peut se projeter quelques années en avant : dans 20 ou 30 ans, est-ce que je considèrerai que ma vie est réussie si j’ai une famille et des enfants, ou plutôt si j’ai pu - grâce à mon sacerdoce - conduire beaucoup de personnes à Jésus ? C’est un point de réflexion à ne pas oublier.
  • Bien sûr, une vocation c’est toujours une réponse à un appel, c’est une grâce. Il n’y pas à en tirer orgueil, c’est quelque chose qui nous est offert : ce serait grave de vouloir se donner la vocation.

« Celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. »

Ce qu’il y a de très particulier dans la vocation, c’est l’appel que la personne perçoit articulée son l’authentification par l’Église.
Quand on perçoit un appel, on va s’en ouvrir à un prêtre, une religieuse, au service des vocations du diocèse, qui nous aident à discerner du point de vue de l’Église si c’est un vrai appel et mettre comme un sceau sur cet appel.

Ce n’est pas simplement notre appel subjectif, c’est l’Église qui confirme cet appel, et c’est précieux d’être confirmé, surtout dans les moments difficiles de la vie, dans les tempêtes. Cela nous donne une assurance pour aller de l’avant.

Une vocation, c’est beau, mais c’est comme une petite plantule qui est fragile : il ne faut parfois pas grand chose pour qu’elle soit séchée, déracinée ou détruite.

Nous devons alors bien prendre soin de l’appel de Jésus.
Marie - qui a veillé sur Jésus du début à la fin - est là aussi toute proche de ceux qui découvrent leur vocation, pour aider cette vocation à s’épanouir pleinement, à grandir, à se fortifier, et à triompher de certains obstacles.

Demandons à Marie qu’Elle nous aide, qu’Elle aide ceux d’entre vous qui - peut-être - perçoivent un certain appel, à aller plus loin dans sa réponse pour qu’il puisse grandir et parvenir à sa maturité.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 2,14a.36-41.
  • Psaume 23(22),1-2ab.2c-3.4.5.6.
  • Première lettre de saint Pierre Apôtre 2,20b-25.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 10,1-10.

En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.
Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis.
Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.
Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix.
Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
Jésus employa cette image pour s’adresser à eux, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait.
C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis.
Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.
Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage.
Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »