Homélie de la solennité de Sainte Marie Mère de Dieu

10 janvier 2014

Ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né.
Quand fut arrivé le huitième jour, l’enfant reçut le nom de Jésus.

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Texte de l’homélie

Frères et sœurs bien-aimés,

Depuis cinq jours, nous partageons avec une trentaine de jeunes une retraite consacrée au discernement, afin d’apprendre à mieux découvrir la volonté du Seigneur dans nos vies. Nous avons abordé ce thème sous plusieurs angles et à travers divers critères. Mais aujourd’hui, avec la célébration de Sainte Marie, Mère de Dieu, un critère fondamental s’offre à chacun d’entre nous : la maternité divine de Marie nous invite à placer cette nouvelle année sous le signe de la fécondité.

Pour savoir où Dieu nous appelle, nous pouvons nous poser cette question essentielle : « Quels fruits telle ou telle décision va-t-elle porter dans ma vie ? »

Le Seigneur désire profondément que nous portions du fruit, et du fruit en abondance. Il nous demande de faire rayonner son amour. et de découvrir comment notre existence peut devenir féconde — que ce soit dans notre vie professionnelle, amicale, familiale, communautaire, ainsi que dans notre vie d’Église et de foi. Ce désir divin de fécondité remonte à la Création et s’accomplit par l’envoi du Saint-Esprit qui œuvre en chacun de nous selon notre capacité à le recevoir.

Comment cette fécondité peut-elle advenir ? Il n’est pas toujours facile de percevoir les fruits que nous portons, car une grande partie d’entre eux nous demeure cachée.

La Vierge Marie est l’héritière de toutes les bénédictions d’Israël, et c’est à travers sa vie que les promesses de Dieu s’accomplissent.

La première lecture nous donne une piste précieuse : être fécond, c’est avant tout recevoir la bénédiction du Seigneur.

« Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Qu’il fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi et t’accorde la paix ! » (Nb 6,22-27)

Cette prière que le Seigneur confie à Moïse, nous voulons la faire nôtre. Recevoir une bénédiction, c’est accepter que Dieu dise du bien de nous, alors même que nous portons parfois sur notre propre vie un regard trop dur, trop austère ou négatif. Laissons cette bénédiction divine s’étendre sur nous, non seulement par la vie sacramentelle et la vie d’Église, mais aussi comme l’expression de la volonté bienveillante de Dieu sur toute l’humanité. Posez, à l’exemple de la Vierge Marie lors de l’Annonciation, un acte de foi sur votre existence : notre vie est bénie de Dieu.

Dans une démarche de discernement, le tout premier appel à accueillir est l’appel à la vie : il n’y a pas de vie sans vocation, pas de vocation sans fécondité, et pas de fécondité sans mission. Laisser briller sur nous le visage du Christ, c’est accepter de nous laisser toucher par lui jusqu’au plus intime. Ce visage de Dieu, nous l’accueillons aussi dans le visage de nos frères et sœurs, car nous croyons en un Dieu qui s’est incarné et a pris notre nature humaine. Comme le rappelait le pape François dans son message pour la Journée mondiale de la paix, c’est dans la fraternité que nous découvrons le visage de Dieu et son appel pour l’humanité.

Si notre vie ne porte pas les fruits attendus, peut-être nous faut-il interroger notre capacité à accueillir le prochain, et en particulier le « prochain proche ». Nos difficultés relationnelles surviennent rarement avec des inconnus croisés une seule fois, mais le plus souvent avec ceux qui partagent notre quotidien : en couple, en famille, au travail, en communauté ou en paroisse. Aimer n’est ni simple ni spontané ; c’est le fruit d’un combat spirituel et d’une conversion. Se convertir signifiant littéralement « se tourner vers », nous sommes invités à nous retourner vers le Seigneur pour nous laisser regarder par lui, afin que son visage illumine nos relations. Il existe une autre condition à la fécondité : nous reconnaître fils et fille de Dieu. Dans la lettre aux Galates — l’unique passage où saint Paul mentionne la Vierge Marie —, l’apôtre nous rappelle :

« Tu n’es plus esclave, mais fils ; et si tu es fils, tu es aussi héritier par la grâce de Dieu. » (Ga 4, 4-7)

Entrer dans cette filiation exige une humilité du cœur. C’est reconnaître que nous ne sommes pas la source de toutes choses ni les seuls décideurs de notre existence, mais que nous devons remettre nos choix entre les mains du Seigneur pour le laisser agir. L’orgueil et l’amour-propre nous rendent stériles ; devenir fils et fille, c’est au contraire se laisser engendrer et transformer par le Seigneur pour recevoir, en Jésus et par Marie, toute la richesse de l’héritage divin.

Que cette année soit donc féconde pour chacun d’entre nous ! Demandons cette grâce au Seigneur par l’intercession de la Vierge Marie, particulièrement dans notre vie de prière. L’Évangile nous dit que

« Marie gardait toutes ces choses et les méditait dans son cœur. » (Lc 2, 19)

Quelle est la part de vie contemplative dans notre quotidien et dans notre agenda ? C’est cette dimension contemplative qui permet à Dieu d’agir, à ses bénédictions de se répandre, et qui nous rappelle que nous sommes les enfants d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Nombres 6,22-27.
  • Psaume 67(66),2b.3.5abd.7.8b.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Galates 4,4-7.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 2,16-21 :

En ce temps-là, les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.

Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant.
Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.

Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.
Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.

Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.