Homélie de la fête du Baptême de Notre Seigneur

12 janvier 2026

Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. »

Cette homélie a été prononcée au cours de la messe dominicale célébrée à l’église Saint-Germain de Compiègne.

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Texte de l’homélie

En tant que membre de communauté religieuse, il m’arrive rarement de présider des funérailles. Cependant, la dernière célébration dont je me suis occupé était pour une personne que j’avais accompagnée spirituellement pendant près de douze ans. Et au cours de nos échanges, cette personne m’avait répété à plusieurs reprises cette parole : « J’aimerais tellement que mes petits-enfants soient fidèles aux promesses de leur baptême… »

La promesse du baptême

Ce souhait de ce grand-père est certainement le souhait de nombreux d’entre vous qui êtes parents ou grands-parents. Fidèles aux promesses du baptême parce que le baptême contient une promesse. Et quelle promesse le baptême contient-il ? C’est de porter en soi-même plus que soi-même.

C’est bien la définition du chrétien : le chrétien, c’est celui qui porte en lui-même plus que lui-même, celui qui a - parce qu’il est disciple de Jésus, parce que, par grâce (non pas parce qu’il est meilleur que d’autres, bien sûr que non, mais par grâce) – il est devenu temple du Seigneur par le baptême.
Il est au milieu du peuple comme un témoin de la Résurrection, comme un témoin du Saint-Esprit.

La vie intérieure face au monde moderne

Et donc la promesse que le baptême nous donne, c’est de vivre du Saint-Esprit. Et pourtant, vivre du Saint-Esprit n’est quelque chose de si simple. En effet, on voit bien, il y a beaucoup de forces centrifuges qui nous emmènent loin du Seigneur, loin de cette intériorité, loin de cette « inhabitation » de la Trinité en nous. C’est un mot un peu compliqué, « inhabitation de la Trinité », mais c’est le fruit du baptême.
Rappelons-nous que le baptême nous invite à une vie intérieure.

Et j’aime bien cette phrase de Bernanos qui dit :

« On ne comprend rien à la civilisation moderne si on ne la voit pas comme une conspiration universelle contre toute forme de vie intérieure. »

Parce que oui, frères et sœurs bien-aimés, bien des forces nous emmènent loin de nous-mêmes, font de nous des analphabètes de nous-mêmes, ne permettent pas de découvrir que nous sommes des personnes qui sont habitées, habitées par une Présence.

Le chrétien comme tabernacle

C’est ça être chrétien : cette présence de Dieu dans chaque baptisé. En tant qu’être humain, on est déjà à l’image et à la ressemblance de Dieu, mais être disciple de Jésus baptisé, ça va plus loin : ce n’est pas seulement image et ressemblance, c’est que nous sommes des tabernacles.

On rentre alors dans un autre registre, car nous sommes les seuls à dire ça : nous sommes des tabernacles ! Et on voit cette manifestation de l’Esprit Saint lorsque Jésus est baptisé :

« Il fut baptisé, remonta des eaux, et les cieux s’ouvrirent, il vit l’Esprit de Dieu. »

Priorité à la vie contemplative

Ainsi, nous sommes des tabernacles, et nous avons cette grâce par la Foi. C’est dans la foi justement que nous avons la grâce de découvrir que le Seigneur travaille en nous. C’est pour cela que la priorité du baptisé, c’est la vie intérieure, c’est la vie contemplative. C’est justement pour être attentif aux motions du Saint-Esprit et les découvrir.

Parce que si nous sommes habités, c’est que nous avons aussi le Saint-Esprit qui travaille notre cœur, et c’est à nous d’y être attentifs. Être attentif, ça veut dire donner priorité à l’intériorité, donner priorité à cette présence du Seigneur en nous, et ne pas nous laisser distraire par mille choses comme on le voit bien dans le monde. Des personnes sont occupées de mille affaires, mais peu de leur âme, peu de la présence de Dieu en elles, peu de l’action du Saint-Esprit en chacun.

Un combat spirituel à mener

Alors oui, c’est entrer dans un combat spirituel que de découvrir que nous sommes habités et que nous avons à mettre le cap sur cette présence du Saint-Esprit, par ses actions et ses motions. On a à mettre le cap là-dessus de façon prioritaire si on veut être disciple de Jésus.

Parce que c’est comme ça qu’on va aller au-delà des regards habituels. Je trouve très belle cette lecture du livre des Actes des Apôtres justement où Pierre arrive chez un centurion de l’armée romaine. Rappelons qu’un centurion est un homme païen. Donc le Seigneur accueille celui qui Le craint quelle que soit sa nation à condition que ses œuvres sont justes.

On voit bien que le Seigneur nous donne un regard différent lorsque l’on est attentif à Sa présence à l’intérieur de nous-mêmes. Il ne voit pas, il ne fait pas acception de personnes. C’est donc déjà une manière d’entrer différemment en relation les uns avec les autres que de vivre de la présence du Saint-Esprit, que de se découvrir habité par la transcendance de Dieu, par l’Esprit du Seigneur.

L’esprit du monde versus l’Esprit Saint

On peut se demander si nous sommes animés par l’esprit du monde : il y a des gens sympathiques, pas sympathiques, ceux qu’on aime, ceux qu’on n’aime pas, ça ne fait pas de différence. Pourtant, l’esprit du monde est bien différent de l’Esprit Saint car c’est l’esprit de domination, l’esprit de pouvoir, l’esprit d’emprise aussi sur les autres : l’envie d’avoir le dernier mot, d’avoir raison. Tout cela est le fruit de l’esprit du monde.

Et il est en nous, et il y a un combat. Prenons-en conscience encore une fois : nous qui sommes ici, nous ne sommes pas meilleurs que d’autres. Tout autant que les autres, nous avons à livrer un combat spirituel. Et pour cela, nous avons besoin de l’aide du Seigneur et de Son Esprit Saint pour qu’Il nous donne la force intérieure.

Les sacrements comme force intérieure

Et d’où nous vient cette force intérieure pour avoir un regard différent les uns sur les autres ? C’est dans les sacrements que nous les puisons. Les sacrements sont une force, et singulièrement le sacrement de l’Eucharistie qui nous permet d’avoir un regard différent sur les autres parce que la foi, c’est le chemin du regard.

La foi, c’est une autre manière d’envisager événements et personnes. C’est une autre manière de découvrir les relations. Non, ce n’est plus simplement du pain et du vin, mais après la consécration, le Corps et le Sang du Seigneur. Notre foi nous donne une manière différente de regarder, de même que notre baptême nous donne une manière différente de regarder l’autre comme habité par une présence, par une transcendance.

La dignité du baptisé au dessus de tout

Alors oui, cette grâce du baptême est tellement puissante que le Pape Jean-Paul II, lorsqu’on l’interrogeait, disait :

« Le plus grand jour de ma vie, ça a été le jour de mon baptême. » Et lui qui a été prêtre, ensuite évêque et Pape finalement, on aurait pu penser que c’était le jour où il avait été élu Pape. Non : « Le plus grand jour de ma vie, c’est le jour de mon baptême. »

C’est le jour où le Seigneur a fait Sa demeure en moi. Et donc je suis devenu tabernacle de Dieu. Et on voit bien que seuls les disciples de Jésus peuvent dire ça parce que l’on rentre dans la continuité du mystère de Noël, le temps à la fin duquel nous sommes. Nous sommes donc dans une logique d’Incarnation.

Et on comprend bien qu’il n’y a que les disciples de Jésus qui peuvent dire une chose pareille, qu’ils sont habités par la transcendance. Jamais quelqu’un qui est dans la tradition juive ne pourra le dire, ni dans la tradition musulmane, ou encore moins dans les traditions asiatiques. Jamais ils ne pourront dire ça parce que précisément ils ne croient pas en Jésus vrai Dieu et vrai homme, ils ne sont pas dans cette logique d’Incarnation.

Le fait d’être dans une logique d’Incarnation, d’être dans ce mystère de Noël que nous célébrons encore, fait qu’on voit la personne humaine de façon différente parce qu’elle acquiert une dignité par l’Incarnation - Dieu qui est vrai Dieu et vrai homme. Puis par le baptême, elle acquiert la possibilité de déjà toucher la gloire de Dieu, cette gloire de Dieu à laquelle nous sommes appelés.
Nous sommes habités par la gloire de Dieu parce que nous sommes baptisés.

Ainsi, nous avons aussi plus de responsabilité que d’autres parce que précisément, étant habités par la gloire de Dieu, nous savons davantage de choses sur Dieu que d’autres. Mais aussi, si je peux m’exprimer ainsi, nous avons plus d’outils que d’autres pour discerner là où le Seigneur agit, là où Il est présent.
Parce que précisément, c’est dans ces relations que nous avons les uns avec les autres que nous avons la capacité de découvrir la puissance du Saint-Esprit. Et on voit notre cher Saint Pierre qui va chez ce païen et qui ne se laisse pas arrêter par la tradition juive qui disait justement de ne jamais aller dans les maisons des païens parce qu’on devenait impur. Sur cette question du pur et de l’impur, il a eu un autre regard sur ce centurion romain.

Et aussi Jésus, après ce baptême, aura un autre regard sur l’humanité, sur des personnes qui étaient rejetées, des personnes qui étaient parfois maltraitées, des personnes qu’on mettait en marge de la société. Bien sûr, on pense à tous les récits de miracles, et aux lépreux en particulier. On pense à toutes les personnes qui étaient considérées comme impures et qui, pour cette raison, n’avaient pas la possibilité d’accéder même au temple. Et, en guérissant ces personnes-là, Jésus leur redonne la capacité d’avoir une vie spirituelle, de retourner au temple, d’avoir une vie de prière, alors que leur difformité les excluait de tout contact avec la transcendance.

Alors je trouve ça beau de dire que le baptême donne un regard différent car il donne la possibilité d’aller au-delà de ce qui pourrait être des blocages dans nos relations. Alors qu’au temps biblique on se posait la question du pur et de l’impur, dans notre temps présent - en tout cas dans notre foi chrétienne - ce n’est plus le cas parce que Jésus a fait exploser la barrière entre le pur et l’impur.

Mais ce n’est pas pour ça qu’il n’y a pas de blocages dans nos relations. Il y en a toujours et ils font qu’on considère l’autre sous un certain prisme, et on le met de côté, on ne veut plus avoir affaire à lui, voire on développe des stratégies d’évitement de façon à ce que nous ne soyons pas en contact.

A cela, Jésus dit que ce n’est pas être fidèle aux promesses du baptême. Parce que précisément, être fidèle aux promesses du baptême, c’est accueillir l’autre comme habité par une présence, comme un don, comme une grâce, comme une manière aussi de rejoindre le Seigneur et de Le découvrir présent au milieu de nous.

Alors je trouve que c’est très beau cette fête du Baptême du Seigneur, parce que ça permet de revisiter nos différentes relations, revisiter nos manières de voir, le prisme de notre regard. Et c’est pour ça qu’on vient à l’Eucharistie : c’est pour convertir notre regard. On veut convertir notre regard. Parce que la foi, c’est le chemin du regard.

Alors, on veut demander au Seigneur cette grâce particulière de voir l’autre dans la beauté de son humanité, quels que soient les défauts qu’il puisse avoir. Nous aussi, nous sommes pleins de creux et de bosses. Quels que soient les défauts qu’il puisse avoir, de revoir l’autre dans la beauté de son humanité, même si on peut être exaspéré, tendu, voire être en conflit avec telle ou telle personne. Ce n’est pas ça qui aura le dernier mot : ce sont les promesses du baptême qui nous donnent une manière de regarder qui élève, transforme et donne espérance.

Alors c’est cette grâce qu’on va demander au Seigneur de façon particulière. Et c’est pour ça que c’est important de baptiser, puis catéchiser les enfants dès le plus jeune âge. On entend par-ci par-là : « Nous allons le laisser choisir ». C’est un non-sens ! Comment choisir si on ne connaît pas ? Et comment connaître si on n’est pas enseigné ? Et comment être enseigné si on ne s’approche pas de la communauté chrétienne ?

C’est parce qu’on connaît, parce qu’on est enseigné, que l’on peut ensuite choisir. De toutes façons, à un moment donné, on fait un choix. Nous qui sommes ici, pour la plupart nous avons été baptisés enfants, nous avons fait tout simplement en rejoignant cette assemblée dominicale : c’est un choix.

Voyez, donc je pense que la question du baptême des enfants est importante. Cela permet de voir que la grâce de Dieu travaille leur cœur. La grâce de Dieu travaille aussi le cœur des catéchumènes. On voit le nombre de jeunes qui n’ont pas été baptisés et qui, par grâce se rapprochent du Seigneur. Mais en tous les cas, c’est important de décider dès le début de donner une éducation à mon enfant, de lui apprendre à être propre, de lui faire connaître une langue, je le former à être en relation avec les autres. Il en est de même pour la Foi : il est important de décider de lui transmettre une foi. Parce que précisément, cette grâce du baptême va travailler son cœur petit à petit et va faire de lui un disciple de Jésus et quelqu’un qui va être capable d’une manière différente de regarder.

Alors on va demander cette grâce au Seigneur : que ce baptême puisse être ravivé. On ne peut que se réjouir des catéchumènes qui frappent nombreux à la porte de notre Église et qui demandent, justement, un autre regard, parce qu’ils disent : « Nous ne voulons pas du regard que nous propose la société. Ce n’est pas ça qui nous donne l’espérance, ce n’est pas ça qui nous donne de la joie. C’est le regard que le Christ pose sur nous. »
Et le Seigneur pose ce regard sur nous chaque fois que l’un d’entre nous reçoit le baptême. Quelqu’un reçoit le baptême, c’est le regard du Seigneur posé sur nous.

Alors on va demander au Seigneur cette grâce particulière déjà de vivre ça, de reprendre conscience… Tout ça, vous le savez parfaitement, je n’ai pas la prétention de vous apprendre quoi que ce soit, mais on oublie. Avec la mémoire, il y a cette faculté d’oublier. On oublie qu’on est habité. On vit comme si on était vide à l’intérieur. On oublie qu’au fond, nous sommes habités par une présence, et c’est de cette présence-là qu’il faut vivre.
Puis, nous allons aussi rendre grâce pour tous ceux qui viennent frapper à la porte de l’Église et qui disent : « Voilà, c’est comme ça que je veux vivre. Je veux vivre comme disciple de Jésus. Parce que comme baptisé, je suis disciple de Jésus. Je reçois la foi, l’espérance, la charité de façon par grâce. »

Donc c’est vraiment le motif d’action de grâce, de louange, d’espérance que cette fête du Baptême du Seigneur qui nous rappelle notre propre baptême.
Demandons d’être ravivés dans la foi, l’espérance, la charité. Demandons aussi d’être davantage conscients de cette présence qui nous habite pour devenir les témoins d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière,

Amen.


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 42,1-4.6-7.
  • Psaume 29(28),1-2.3ac-4.3b.9c-10.
  • Livre des Actes des Apôtres 10,34-38.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 3,13-17 :

Alors paraît Jésus.
Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait :
— « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! »
Mais Jésus lui répondit :
— « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. »
Alors Jean le laisse faire.

Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. »