Texte de l’homélie
La naissance du Christ apporte un élément d’une grande importance : quand Jésus naît à Bethléem, Dieu s’est avancé vers nous… Ensuite, chaque mystère de la vie du Christ va être un nouveau pas en notre direction. Et cela est particulièrement vrai avec le sacrement du baptême.
Voyons comment les textes de ce jour nous aident à comprendre cette proximité croissante de Notre Seigneur et Sauveur Jésus le Christ.
La voix du Père
Quelque chose devrait nous saisir dans cette scène du baptême : « la voix du Père ». Car, dans l’Ecriture, elle résonne seulement trois fois.
Ainsi, on peut se demander pourquoi en ce moment du baptême cette voix du Père se fait-elle entendre ? Car Jésus prend la suite de la longue file des pécheurs, Il va au-devant de Jean Baptiste, et Il s’incline. Ce baptême apparaît semblable à celui de centaines d’autres personnes. Pourtant, il n’a rien à voir.
Car Jésus n’est pas pécheur. Il est l’Innocent. Plus encore, Il est le sauveur. A qui s’y méprendrait, cette voix aide donc à reconnaître qui est vraiment ce Jésus qui courbe la tête pour recevoir l’eau lustrale : c’est le Seigneur de l’univers.
Il nous faut nous souvenir de cette voix dans l’ancien Testament quand Dieu apparaissait :
« Le troisième jour, dès le matin, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs, une lourde nuée sur la montagne, et une puissante sonnerie de cor. » (Ex 19, 16 sq)
Et l’Église nous invite aujourd’hui à écouter tout spécialement cette voix du Père à travers le psaume et nous laisser impressionner par sa transcendance :
« Voix du Seigneur dans sa force, voix du Seigneur qui éblouit.
Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre.
Et tous, dans son temple, s’écrient : « Gloire ! ».
Le Christ choisit l’humilité mais une humilité qui ne cesse d’être glorieuse. Il s’abaisse mais sans rien perdre de sa gloire. Il reste le Seigneur pantocrator. Cette voix nous permet de voir en filigrane à travers l’abaissement de Jésus l’infinie puissance de Dieu. Cette voix nous permet de garder cet immense arrière-plan car le Père est l’invisible du Fils.
Le Frère
Mais cette voix du Père prend aussi un autre sens car Il s’entend dire :
« Celui-ci est mon Fils bien aimé »
Dieu est Son Père, mais Il est aussi le nôtre, différemment certes. Mais il y a bien un Père commun c’est-à-dire une fraternité !
Jésus est notre frère, et comme le dit cette Magnifique phrase de l’épître aux Hébreux :
« Il ne rougit pas de nous appeler ses frères ! Car nous avons même origine ».
« Il est l’aîné d’une multitude de frères. »
Nous sommes donc de sa famille ! Il partage notre sort.
Concrètement Jésus se met dans la file des pécheurs, Il descend dans l’eau pour symboliquement y connaître la mort, cette mort qui est le salaire d’un péché qu’Il n’a pas commis. Jésus vient s’intégrer complètement à l’humanité.
Les foules abondaient pour se faire baptiser, et il faut voir ce pénitent extraordinaire qu’est Jésus s’avançant vers Jean. Voilà comment Il manifeste cette fraternité.
Mais il faut aller plus loin. Car le frère dans la Bible, c’est celui qui accepte de payer à ma place. Nous voyons Juda, un des douze fils de Jacob, qui consent à rester prisonnier en Égypte à la place de son petit frère Benjamin :
« Permets donc à ton serviteur de rester à la place de l’enfant comme esclave de mon seigneur, et que l’enfant puisse repartir au pays avec ses frères » (Genèse 44, 33)
Voyons Moïse : après le péché du veau d’or, Dieu veut détruire le peuple. Moïse, l’élu, refuse d’être sauvé seul (Dieu lui proposait de faire de lui une grande nation à leur place). Il supplie le Seigneur :
« Pardonne maintenant leur péché ! Sinon, efface-moi de ton livre que tu as écrit. »
(Exode 32, 32)
Il proposa sa propre élection pour sauver ses « frères de sang ».
Jésus est le frère bien aimé, fils élu. Il prend la place du pécheur - Lui l’innocent - en descendant dans les eaux du Jourdain. Il se fait péché, comme dit Paul pour que nous soyons sans péché. Il se fait malédiction pour que nous soit rendue la bénédiction.
Soyons des serviteurs à la suite du Christ !
Cette méditation doit nous aider à mieux comprendre le mystère de l’Église et du monde. Car l’Église marche à la suite de Jésus, et elle est le nouveau peuple élu, choisi. Mais le risque serait qu’elle se complaise dans cette élection, dans une « société de purs ». Et, dès les premiers temps, l’Église a été confrontée à la tentation d’une logique sectaire. Mais elle ne saurait être une forteresse avec garantie de sainteté et d’intégrité.
Faire de l’Église cette forteresse, c’est le meilleur moyen d’y faire proliférer toute sorte d’abus. Il faut combattre cette mauvaise forme de l’élitisme, disait le pape François.
Il est donc capital pour l’Église qu’elle se sache un peuple élu, à la suite du Christ mais au service du pécheur. Au service des pécheurs, au service d’un monde de ténèbres.
Dieu a devant lui Ses deux enfants : l’Église - enfant élue - et le monde - le réprouvé. Que doit faire l’Église ? se mettre à la suite de son Seigneur, qui a pris la place du larron. Elle ne doit pas oublier qu’elle n’est que l’un des deux fils, un frère près d’un autre frère. Et cet autre frère, c’est le monde.
Sa tâche ne consiste donc pas à condamner mais à sauver.
Le Salut est universel !
C’est un point de vue très général, chers frères et sœurs, mais il est capital. Nous ne pouvons en aucune façon privatiser le Salut, n’en faire que notre bien. Il est pour tous ! C’est une tâche fatigante, harassante mais indispensable. C’est le fondement de toute mission. L’Église est peut-être un petit reste, mais elle est là pour le monde, pour que lui aussi devienne l’élu, le sauvé.
L’Église aujourd’hui subit des épreuves, des humiliations, mais si c’était aussi pour qu’à travers cette via crucis, elle puisse contribuer au salut du monde, et le vivifier de l’intérieur ?
Une dernière chose : contempler le Seigneur au Baptême nous aide aussi au sein même de nos familles, de nos communautés, à ne pas juger. Quand nous voyons le mal, commis par l’autre, nous avons à le corriger. La conscience doit rester droite. Mais tout aussitôt se dire : « ce fardeau du mal, je le porte avec toi ». A ce propos, le curé d’Ars disait :
« Je pleure de ce que vous ne pleurez pas. »
Ainsi, nous pouvons nous demander comment nous prenons sur nous les faiblesses d’autrui, comment elles peuvent devenir miennes ? Sainte Thérèse de Lisieux s’ingéniait quand elle voyait ses cœurs commettre des manquements, à leur trouver des excuses.
Pour nos communautés, nos familles, nos paroisses, je vois une autre application : que nous soyons préoccupés de la sainteté de l’ensemble plus que de la nôtre. Que nous y travaillons sans relâche. Que nous assumions joyeusement d’être responsable des progrès de nos frères, que nous retrouvions ce vrai sens d’être gardien les uns des autres.
Alors comme Marie nous aurons marché sur les traces du Sauveur,
Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre d’Isaïe 42,1-4.6-7.
- Psaume 29(28),1-2.3ac-4.3b.9c-10.
- Livre des Actes des Apôtres 10,34-38.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 3,13-17 :
Alors paraît Jésus.
Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait :
— « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! »
Mais Jésus lui répondit :
— « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. »
Alors Jean le laisse faire.Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. »