Texte de l’homélie
Chers frères et sœurs,
Dans ce texte, si vous le méditez vraiment, il y a plein de choses étonnantes entre ce qui est écrit et souvent ce que nous transmettons par la tradition. Comme par exemple, on ne sait pas s’ils sont trois dans le texte, on ne sait pas s’ils sont rois. Cela permet d’élargir un petit peu ce mystère de Dieu manifesté aux nations.
Et donc il y a déjà un petit point étonnant que je voudrais reprendre avec vous et sur lequel je vais méditer un petit peu, c’est — et vous l’avez bien entendu — voyez que c’est qu’à la fin de leur périple, les mages, à la fin de leur périple, c’est en voyant l’étoile — l’étoile, voilà, où est-elle cette étoile ? — et non l’enfant, voyez, que les mages se réjouirent d’une très grande joie. Nous, nous aurions mis à la place de l’étoile l’enfant. Enfin, la parole de Dieu veut nous faire élargir en fait ce mystère de l’Incarnation.
Il y aurait beaucoup de choses à dire, et bien sûr la vraie étoile de ce récit, c’est l’enfant de la crèche. Mystérieux quand même, pour des astrologues, d’avoir pu suivre une étoile sans sachant pas vraiment que c’était l’enfant Jésus.
Et c’est pour ça qu’ils avaient une grande joie dans leur cœur. Ce Jésus qui allait les accompagner après. Et ça montre bien que le mystère de cette manifestation de Jésus aux mages, ce sont aussi tous nos lieux d’enfantement et de fécondité dans nos vies qui sont révélés, puisque l’enfant est vraiment le mystère d’une vie qui commence et c’est la fécondité qui est en route.
Alors voyez, on peut remarquer que, dans cette expérience que les mages ont faite de cette grande découverte d’un enfant Dieu - que Dieu se manifeste à travers Sa pauvreté, à travers un enfantement caché – ils n’ont pas tout compris tout de suite, au début, mais quand ils sont partis. Ils ont eu un signe, l’étoile. Ils l’ont compris un peu plus évidemment en étant à la crèche et mais plus encore à la fin de leur trajet, en repartant.
C’est intéressant voyez, que les signes que Dieu nous donne ne sont pas toujours si évidents que ça, et qu’il faut du temps pour savoir les apprécier.
Voyez, dans notre vie, il y a des signes, il y a plein de signes que Dieu nous donne, il y a des paroles que Dieu nous donne pour nous indiquer Sa volonté. Mais nous ne les comprenons pas tout de suite, c’est un peu normal, ne pas s’inquiéter, ne pas trop se stresser, se presser à vouloir tout comprendre tout de suite quand il y a un signe, quelque chose qui se manifeste dans ma vie.
Voyez, ce qui est important de laisser comme les mages, et c’était leur qualité, c’est de persévérer, de ne pas se décourager en chemin et ne pas avoir tout de suite tous les signes, voyez, qu’on voudrait avoir pour être sûr que je fasse la volonté de Dieu. C’est toujours une quête, et cette quête elle est vraie pour nous, elle est aussi vraie pour tous les incroyants.
C’est la fête des incroyants aujourd’hui qui sont justement en chemin et qui vont découvrir dans leur chemin à travers des témoins petit à petit, s’ils cherchent bien, le Roi de Bethléem, le petit enfant de Bethléem.
Et, c’est magnifique, tout homme peut pouvoir trouver ce Jésus s’il désire vraiment le chercher, puisque Jésus c’est l’étoile de nos cœurs, l’étoile qui habite dans le cœur de tout homme.
Et nous, frères et sœurs, à nous donc de suivre patiemment ces mages, c’est un exemple pour nous dans notre vie spirituelle. Si on les suit, il faut quand même savoir prendre quelques risques dans notre vie spirituelle. Eux-même ont quand même pris de sacrés risques de quitter un pays lointain pour aller vers un pays qu’ils connaissaient pas trop et en plus en passant par Jérusalem et rencontrer le roi Hérode. On les imagine avec leurs dromadaires et leurs caravanes - j’imagine ils étaient plusieurs.
Voyez, donc ils nous apprennent aussi dans notre vie spirituelle à – si vous me permettez cette image - accepter de déplier notre ciel intérieur. Il y a tellement de choses dans notre vie intérieure où Dieu nous interpelle pour nous déplacer, pour ne pas rester immobile, installé dans notre chemin avec le Seigneur… Quitte peut-être même à faire des détours. On a le droit de faire des détours. Quelquefois des détours qui ne sont pas forcément des bons détours, mais il vaut mieux faire des détours que de ne pas avancer.
C’est une bonne manière de voir aussi en cette fête l’importance de marcher, d’avancer.
Alors prendre le chemin des mages, c’est aller d’enfantement en enfantement, me semble-t-il, c’est une manière de voir ce passage. Alors regardons leur route. Ils avaient - vous avez remarqué, c’est une autre incohérence, au moins astrologique ou géographique - ils viennent d’Orient et ils se dirigent vers l’Orient. Nous voyons bien que ce n’est pas la bonne direction puisque, s’ils viennent de l’Orient, ils devraient aller dans le sens inverse pour aller à Bethléem. En fait, c’est pour nous faire comprendre qu’ils viennent d’une lumière qui se lève - l’Orient c’est le soleil levant - et ils se dirigent sans le savoir vers celui qui nous relève, le Christ, voyez ?
Au-delà du cosmos, c’est en nous, et donc dès qu’on suit le Christ nous pouvons prendre n’importe quelle direction. Même si Jérusalem était le lieu et géographique qu’il fallait arriver ce jour J pour les mages. Mais c’est pas opposé.
Voyez, alors pour suivre les routes des mages, comme eux, n’ayons pas peur de demander de l’aide. Ils ont même demandé de l’aide, entre guillemets, au pire ennemi de Jésus sans le savoir, à Hérode. Et c’est incroyable que Dieu passe par Hérode pour leur indiquer le bon chemin. Il y a de quoi méditer !
Alors regardons aussi les proches, voyez, regardons les proches comme des signes qui sont autour de nous, élargissons un petit peu notre manière de voir nos voisins, nos collègues de travail, des gens dans nos familles qui ne sont pas croyants. C’est pas toujours facile, mais c’est quand même ce que l’Évangile nous rappelle aujourd’hui. Des gens peut-être d’autres religions. Ils peuvent être des astres pour nous, puisque les mages sont pour nous des témoins qui peuvent à leur façon, si on écoute bien l’Esprit Saint dans notre cœur - enfin l’étoile dans notre cœur - peuvent même nous aider à être fidèles à l’Évangile sans qu’eux-mêmes ne le sachent…
Il y a autant d’étoiles mystérieuses comme ça dans notre entourage, surtout aujourd’hui, car ce n’est comme pas un monde majoritairement catholique habituellement qu’on fréquente. Mais en même temps ces gens-là, voyez, qui sont quelquefois loin de Dieu, s’ils sont sincères peuvent même nous éclairer dans les zones d’ombre cachées de notre histoire. Et c’est bon signe, voyez, c’est Dieu qui permet ça pour nous faire avancer aussi dans l’humilité, dans ce vrai chemin qu’ont entrepris les mages.
On peut penser aussi à toutes ces personnes qui dans nos vies sont apparues subitement comme ça par des qualités, par quelque chose de plus éclatant et qui ont peut-être bouleversé notre vie et qui nous ont fait grandir dans un talent ou dans quelque chose de magnifique. C’est une manière de voir aussi ces étoiles.
Il y a aussi des étoiles filantes, enfin on peut faire beaucoup de rapprochements. Des étoiles filantes il y en a aussi dans nos vies, voyez, toutes celles qui ont peut-être nous ont poussés dans des erreurs, qui nous ont séduits dans le mauvais sens du terme et qui malgré tout, malgré ces fausses routes qu’on a pu faire, nous ont aussi fait grandir. Voyez, Dieu peut toujours transformer cela en quelque chose de meilleur et c’est la bonne nouvelle de cette fête de l’Épiphanie entre autres.
Je pense aussi à toutes les personnes qui nous ont précédés, qui sont déjà au ciel et qui sont des étoiles en quelque sorte éteintes sur cette terre, mais qui demeurent en fait dans notre cœur des lumières qui peuvent encore nous aider à garder le cap, en pensant bien sûr à tous les saints.
Alors prendre la route, voyez-vous, des mages, c’est quitter aussi en quelque sorte - c’est notre façon de voir - tous ces lieux des « sachants ». Les « sachants », ceux qui disent "moi je sais tout sur la parole de Dieu, moi je suis un spécialiste", voyez des gens un peu figés dans leurs concepts de la foi, il faut les quitter. C’est en quelque sorte l’erreur d’Hérode et des scribes : ils étaient des grands spécialistes de la foi et de la Bible, mais ils n’ont pas su voir que Jésus était Celui qui devait venir, alors que c’était marqué dans l’Écriture. C’est quand même incroyable !
Donc quitter tout ce qu’il y a en nous trop figé, sachant que ça ne veut pas dire qu’il faut remettre tout en cause, mais il y a quand même des choses en nous qui sont figées et ça ne nous rend pas libres en fait, ça nous empêche d’avancer dans le Seigneur et dans des chemins plus inconnus où Dieu nous attend.
Et donc la route des mages, c’est bien sûr revenir sans cesse à contempler la crèche : un roi, le vrai roi, le seul roi, mais qui est couché dans une mangeoire. Un bébé roi… C’est beau de penser à ces savants qui ont su voir Dieu à travers un bébé, de poser cet acte de Foi. Un Dieu certes fragile mais qui révèle une force. Je reviens à cette notion d’enfantement, à tous ces lieux qui évoquent quelque chose de nouveau dans notre vie, des promesses de vie.
C’est là où crèche l’Enfant de Bethléem pour nous faire avancer. C’est certainement ce qu’on vécu les mages.
Saint Paul nous rappelle également que tous les hommes sont associés au partage de cette promesse, personne n’est exclu. Il n’y a aucune personne sur cette terre qui ne soit invitée à connaître et à aimer Dieu. C’est une bonne nouvelle ! Mais est-ce qu’on croit vraiment que tout homme est porté par ce désir d’aller rencontrer Jésus alors qu’il ne Le connaît pas ?
Il y a aujourd’hui un relent de spiritualité dans notre monde, même si ça va dans tous les sens. Est-ce que vous croyez que les gens attendent une parole de notre part - comme si nous étions des panneaux indicateurs - qui leur dit qu’il existe Jésus qui les attend quelque part et Le manifester à ceux qui veulent entendre. Ne soyons pas trop timorés comme ces prêtres et ces scribes dans leurs synagogues, incapables d’une certaine manière de changer leur vie par la nouveauté de Dieu. C’est tout de même dommage de rester juste sur des bonnes idées et des bons concepts.
Ainsi, comme les mages, nous sommes invités à offrir le coffret de notre cœur. Offrons la myrrhe, l’or et l’encens. Il y a tant et tant de pistes pour méditer, je vous en donne une en ce début d’année : offrir votre passé, offrir votre présent, et offrir votre futur.
- Quelque soit notre passé, offrons la myrrhe, c’est elle qui embaume les morts. Sachons donc déposer devant la crèche toutes nos blessures. Nous en avons tous : des choses qui nous ont fait du mal, nos péchés qui nous blessent ainsi que toutes nos histoires douloureuses et tortueuses qui nous pèsent. Déposons-le vraiment à la crèche en pensant à la myrrhe pour que Jésus puisse en faire un deuil fécond qui porte des fruits, comme un enfantement.
- Qui que nous soyons aussi, nous pouvons offrir l’or, ce trésor qui est en lien avec le présent : il n’y a rien de plus précieux que notre présent car c’est là que Dieu nous rejoint. Personne d’autre ne peut le donner à notre place, il a tant de valeur. Donnons à Jésus l’or de notre quotidien tel qu’il est avec ses belles choses mais aussi avec ce qui ne va pas : les accueillir et les offrir à Jésus. Il est possible de Lui offrir aussi l’or de notre écoute, tant manque aujourd’hui la qualité de l’écoute des uns et des autres, cette présence et cette bienveillance que nous pouvons apporter à nos frères au quotidien - pas forcément ailleurs dans une certaine projection en avant - surtout ceux qui en ont le plus besoin, ceux qui sont le plus loin de Jésus comme le dit l’Évangile de ce jour.
- Enfin, je termine sur le futur : quelques soient nos projets, j’espère que vous en avez tous en ce début d’année, ainsi que des bonnes intentions – autant que nous puissions les tenir - offrons l’encens de notre futur, de notre avenir. Même si quelque fois il nous semble sombre et mystérieux avec tout ce qu’on entend. Allons déposer le parfum pour Dieu, le parfum divin et eucharistique que nous goûtons maintenant dans nos relations pour qu’il y ait un peu plus d’espérance là où tout semble fermé. C’est ce que Dieu va nous rendre dans ces cadeaux-là.
Malgré nos fragilités et nos déceptions, je vous invite aujourd’hui avec les mages à déposer à la crèche votre passé qui est unique à chacun, votre présent et votre futur. Et que, malgré les inquiétudes, comme les mages, que nous ne nous découragions pas trop – il peut arriver de s’arrêter et de rester un peu immobiles – mais de savoir repartir et demeurer en chemin avec Jésus. Même si c’est avec des petits pas, ce n’est pas grave.
Au seuil de cette nouvelle année, ce que je vous souhaite aux uns et autres, c’est cette grâce là d’un renouveau de votre manière de vivre le temps passé, présent et futur. Et je termine sur cette citation assez forte :
En d’autres termes, si nous restons immobiles, nous n’obtiendrons rien de plus qu’avant !
Avec Lui et comme les mages, laissons-nous toujours mieux conduire par l’étoile,
Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre d’Isaïe 60,1-6.
- Psaume 72(71),1-2.7-8.10-11.12-13.
- Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 3,2-3a.5-6.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 2,1-12 :
Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : ‘Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël.’ »
Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie.
Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.