Texte de l’homélie
Frères et sœurs bien-aimés,
Lorsque, avec la trentaine de retraitants qui nous ont accompagnés lors des célébrations des jours saints de ce triduum pascal, nous avons médité sur le passage de l’Évangile que nous venons d’entendre, et particulièrement sur ses premiers mots.
« Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, c’était les ténèbres. » (Jn 20,1)
Nous y avons vu une allusion directe à la création du monde. En effet le récit de la Genèse, lu hier à la vigile pascale répète :
« Il y eu un soir, il y eu un matin, ce fut le premier jour. » (Gn 1)
Dès lors, Il nous fallait donc trouver un soir pour répondre à ce matin de la Résurrection. Ce soir, nous le trouvons au moment où Judas prend la bouchée, lors de la Cène et sort, le texte précise qu’il faisait nuit. Il y eut un soir. Il y eut un matin. C’est le début d’une création nouvelle.
La Pâque du Seigneur, c’est quelque chose de nouveau, et les premiers commentateurs, de l’écriture dans les premiers siècles de l’Église, ont médité beaucoup sur cette comparaison entre la Pâque et la création. Ils soulignent par exemple que le Christ s’est « endormi » sur la croix ; terme qu’ils préféraient souvent à celui de mort sur la croix. De son côté ouvert ont jaillit l’eau et le sang, symboles de la communion eucharistique, de la source du baptême et de l’Église elle-même. Les premiers commentateurs chrétiens ont fait la comparaison avec ce Christ endormi dans un jardin et Adam, endormi lui aussi dans le jardin d’Eden, et du côté ouvert duquel Dieu façonna la femme à partir d’une de ses côtes. C’est ainsi que le récit biblique nous présente la création de l’homme et de la femme.
Nous pourrions multiplier les parallèles entre l’expérience des disciples et l’Ancien Testament. La liturgie est déjà très riche, nous ne nous y étendrons pas, mais prenons conscience de cette profonde nouveauté. Nous avons la grâce d’être accompagnés par Anna et Agathe, qui vont recevoir le baptême rejoignant les dix-huit mille ou vingt-et-un mille catéchumènes baptisés en ce jour à travers le pays. Peu importe les chiffres exacts, c’est beaucoup. C’est beau d’avoir des catéchumènes parmi nous parce que précisément, lorsqu’on est catéchumène, tout est nouveau.
Pour l’immense majorité d’entre nous, catholiques d’éducation, baptisés dès l’enfance, nous avons grandi dans cette foi. Ce n’est ni notre première Pâque, ni probablement pas notre dernière. Mais quand on est catéchumène, tout est nouveau. C’est vrai que la résurrection introduit une nouveauté dont on n’a même pas idée. Le fait d’appartenir à l’Eglise par le baptême nous semble une évidence, alors qu’il n’en est rien dans les autres religions monothéistes. Dans le judaïsme, l’appartenance se transmet par la naissance. Dans l’Islam, c’est par la profession de foi, la Shahada où chacun s’autoproclame musulman, sans la recevoir d’un tiers.
Ici, le fait que nous soyons membres de l’Église par le baptême, repose sur une logique de don : nous recevons d’un autre cette grâce d’appartenir à l’Église. Nul ne peut s’autobaptiser même en cas d’urgence. Si, dans une situation d’urgence, quiconque peut baptiser pourvu qu’il ait l’intention de faire ce que fait l’Église, personne ne peut se conférer ce sacrement à soi-même. Nous rentrons dans une logique de don. Nous recevons le don du baptême pour redonner aussi une fécondité nouvelle. C’est une évidence, mais c’est toujours bien de le rappeler, car notre mémoire, a cette capacité d’oublier.
Les Actes des Apôtres, nous montrent une nouvelle manière de gérer les biens économiques : au tout début de la vie des apôtres, aux temps apostoliques, ils mettaient tout en commun. La vie monastique et vie religieuse, en garde aujourd’hui la trace. Mais c’est aussi une manière nouvelle qui vient de la résurrection. Une manière nouvelle aussi de découvrir la réalité du mariage, même si c’est avec le temps que ça s’est établi comme sacrement.
Mais le fait de dire que la Pâque du Seigneur nous ouvre à la vie éternelle et de dire que le mariage entre un homme et une femme, ça nous dit quelque chose de l’alliance de Dieu avec son peuple, mais c’est complètement nouveau. Cette nouveauté, nous la retrouvons dans la liturgie du baptême et dans quelques instants, Anna et Agathe vont recevoir le vêtement blanc et la liturgie prononcera alors ces mots : :
L’accès à la vie éternelle est lui aussi nouveau. Dans la tradition juive, on dit d’un défunt, qu’il a part « au monde à venir » et l’Ancien testament évoque le Shéol. Mais il n’est en aucun cas question que nos actes retentissent dans l’éternité. C’est le fruit de la résurrection du Seigneur qui nous a ouvert les portes de la vie éternelle. Nous sommes les seuls à croire que nos actes retentissent dans l’éternité et que nous sommes invités à une communion avec les fidèles défunts : c’est ce que l’on appelle la communion des saints, à travers la prière, le sacrifice de l’Eucharistie.
Nous sommes en communion avec l’Église du ciel et nos chers défunts sont aussi présents spirituellement avec nous. Dans nombre d’églises de campagnes, il faut traverser le cimetière pour entrer dans l’Église, il faut d’abord franchir le cimetière. Qu’est-ce que cela signifie ? C’est que les défunts sont avec nous dans la célébration. Cette nouveauté Chrétienne a également irrigué tous les arts : l’architecture, la peinture, la littérature, le chant, évidemment le théâtre, fondant une culture complètement nouvelle.
Par le baptême et la grâce de la résurrection du Seigneur, nous avons accès à une nouvelle manière d’être au monde. Nous qui sommes catholiques depuis notre naissance, soyons attentifs de ne pas nous habituer à l’Eucharistie, c’est dangereux. Communier à Dieu par le pain et le vin consacré, c’est absolument nouveau. Certes, l’Ancien Testament connaissait les sacrifices, mais ils n’en étaient que les prémices.
Je voulais juste vous dire et pas être trop long parce que déjà la liturgie est riche, de revoir dans nos vies en quoi la Pâque du Seigneur, cette source de vie les irrigue-t-elle ? Qu’est-ce que cela change concrètement pour vous ? Et, à l’inverse, si la Pâque du Seigneur n’existait pas, qu’est-ce que cela changerait dans nos vies ?
Demandons au Seigneur d’avoir ce regard de foi, nous le savons, la résurrection du Christ est au cœur de notre foi. Comme le dit Saint Paul :
« Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine » (1, Co 15,14)
Demandons lui la grâce d’être attentifs à cette puissance de vie qui naît du tombeau ouvert. Ni la mort ni le mal n’ont le dernier mot. De grand matin, nous aussi, nous allons au tombeau pour découvrir dans le Christ ressuscité celui qui nous conduit des ténèbres à son admirable lumière. Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre des Actes des Apôtres 10,34a.37-43.
- Psaume 118(117),1.2.16-17.22-23.
- Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 3,1-4.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 20,1-9 :
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.
C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.