Homélie du Samedi Saint - Veillée pascale

8 avril 2026

« ‘Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.’Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. »
Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui. »

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Texte de l’homélie

Chers frères et sœurs, pourquoi tant de lectures à cette veillée ? Et encore nous sommes en occident car dans les liturgies orientales, il peut y avoir jusqu’à 15 lectures !

Nous sommes en train de vivre une veillée qui nous ramène au cœur de notre foi : Jésus est mort et ressuscité. Il y a vraiment un avant et un après. C’est le noyau originel à partir duquel les apôtres ont profondément changé et se sont lancés dans l’évangélisation. C’est ce qui irradie toute notre vie de foi.

Tout à l’heure nous allons renouveler solennellement notre profession de foi. Or la foi, c’est la réponse à Dieu qui se révèle. Notre foi chrétienne n’est pas d’abord une sagesse humaine. Elle est quelque chose que nous recevons. C’est pourquoi la Parole de Dieu a une place de choix dans cette veillée.

Cette veillée a quelque chose de modélisant : que faire devant des événements aussi surprenants que la résurrection ? Chercher dans la Parole de Dieu des clés de lecture. C’est ce qu’a fait Jésus avec les disciples d’Emmaüs le soir de Pâques :

« Il leur dit alors : ‘Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ?’ Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. » (Lc 24)

Car la Parole de Dieu nous aide à comprendre ce qui se passe. C’est pourquoi, dans les récits de Pâques, revient souvent le refrain : « selon les Écritures ».

Pourquoi et comment ces lectures ont-elles été choisies ?

Il y a en quelque sorte deux fils distincts qui relient les lectures. Le premier concerne la résurrection de Jésus lui-même ; le second, l’effet de la résurrection en nous, notamment par le baptême. Le premier fil se relie plus spécifiquement à l’évangile qui nous parle de la résurrection de Jésus ; le second à l’épître de saint Paul lue après le gloria où il est question du baptême.

Les lectures de la Vigile pascale ont été choisies pour montrer la continuité entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Dieu fait toutes choses nouvelles mais dans la cohérence. Dieu est fidèle à lui-même. Cette cohérence est un autre nom de la fidélité de Dieu.

Il est intéressant de noter que la majorité des lectures de l’Ancien Testament qui ont été choisies pour cette veillée pascale n’annoncent pas de manière très explicite la résurrection. Cela nous incite à élargir notre regard pour voir comment la bonne nouvelle de Pâques s’enracine dans l’Écriture. Cette bonne nouvelle a surpris les bons Juifs qu’étaient les apôtres mais s’inscrit cependant dans une logique : la logique de l’amour de Dieu pour nous. C’est ce qu’exprimait parfaitement Benoît XVI :

« Dans le mystère pascal s’accomplissent les paroles de l’Écriture, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un événement qui porte en soi un logos, une logique. » (15 avril 2009)

La Vierge Marie est un beau modèle dans ce désir de comprendre l’action de Dieu. Déjà à Noël, Marie « conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur » (Lc 2, 19) ; le terme grec est symballon : nous pourrions dire qu’elle « gardait ensemble », « mettait ensemble » dans son cœur tous les événements qui lui arrivaient ; elle plaçait chaque élément, chaque parole, chaque fait à l’intérieur d’un tout et le confrontait, le conservait, reconnaissant que tout vient de la volonté de Dieu.

La première chose qui peut nous faire du bien dans cette veillée, c’est de voir que Dieu a de la suite dans les idées, Il est patient. À de multiples reprises le peuple de Dieu aurait pu disparaître, mais Dieu était là qui veillait. La résurrection, si je puis dire, n’est pas un coup d’éclat isolé. C’est le sommet de la fidélité de Dieu à Son amour pour nous. Nous pouvons puiser aujourd’hui encore à cette fidélité de Dieu. Cela nous aide à repartir et à espérer aujourd’hui.

La résurrection de Jésus

C’est ce qui est premier. Comme le dit saint Paul :

« Si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés » (1 Co 15, 17)

La résurrection de Jésus, c’est d’abord un fait qui s’est imposé aux femmes. En allant au tombeau, elles n’imaginaient absolument pas que Jésus serait ressuscité. Elles sont interpellées par un ange.

« L’ange prit la parole et dit aux femmes : ‘Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit.’ »

Cette interpellation est corroborée par le fait que le tombeau est vide. Jésus avait annoncé Sa résurrection mais c’était quelque chose de tellement inouï que les apôtres et les femmes n’avaient pas compris.

C’est seulement dans un deuxième temps que les apôtres et les femmes se tournent vers les Écritures. Ils scrutent les Écritures pour mieux voir comment la résurrection était annoncée dans l’Ancien Testament :

« La Résurrection du Christ est accomplissement des promesses de l’Ancien Testament (cf. Lc 24, 26-27. 44-48) et de Jésus lui-même durant sa vie terrestre (cf. Mt 28, 6 ; Mc 16, 7 ; Lc 24, 6-7). » (CEC 652)

Le refrain « selon les Écritures » que l’on retrouve souvent au sujet de la résurrection se réfère d’abord à cela :

« L’expression "selon les Écritures" (cf. 1 Co 15, 3-4 et le Symbole de Nicée-Constantinople) indique que la Résurrection du Christ accomplit ces prédictions. » (CEC 652)

C’est ce que nous sommes invités à faire dans notre vie de foi : d’abord accueillir la réalité telle qu’elle se présente puis se tourner vers la Parole pour voir si et comment cette nouvelle est en harmonie avec le reste de l’Écriture. Nous avons besoin, à l’instar des disciples d’Emmaüs, que Jésus vienne ouvrir notre esprit à l’intelligence des Écritures (cf. Lc 24, 45). Dans les lectures de l’Ancien Testament que nous offre cette vigile, il y a 3 textes qui annoncent plus directement la résurrection de Jésus : le sacrifice d’Isaac, le Psaume 15 (16) et le passage de la mer rouge.

2e Lecture : Le sacrifice d’Isaac

En acceptant d’offrir à Dieu son fils unique en sacrifice, Abraham fit un acte de foi en la résurrection, nous dit l’Écriture : « Dieu, pensait-il, est assez puissant même pour ressusciter les morts » (Hb 11, 19). Vous imaginez sans peine la joie immense d’Abraham lorsqu’Isaac lui est en quelque sorte redonné.

C’est ainsi que le sacrifice d’Isaac et sa délivrance annoncent la mort et la résurrection de Jésus. À la suite d’Abraham, nous sommes invités à faire totale confiance à Dieu.

Le Psaume 15, qui suit cette lecture

« Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance : tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption. » (Ps 15, 9-10)

Ce Psaume a été lu dès l’époque apostolique dans la perspective de la résurrection du Christ (Ac 2, 25-28) :

« Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. » (Ac 2)

3e Lecture : Le passage de la mer rouge

C’est la lecture incontournable de l’Ancien Testament dans cette veillée. Elle l’est tellement qu’elle trouve une place dans l’Exultet que nous avons chanté tout à l’heure : « Voici la fête de la Pâque dans laquelle est mis à mort l’Agneau véritable dont le sang consacre les portes des croyants. Voici la nuit où tu as tiré d’Égypte les enfants d’Israël, nos pères, et leur as fait passer la mer Rouge à pied sec. » Dans cette nuit est né le peuple de Dieu.

Cette lecture nous parle d’abord du mystère pascal : un passage de la mort à la vie. Cela vaut d’abord de Jésus lui-même, puis de tous ses disciples.

Cela parle d’abord de Dieu qui « dans l’impossible ouvre une issue » (hymne du bréviaire), qui fait que la mort n’a plus le dernier mot. Dans cette situation désespérée Dieu est intervenu à main forte et à bras étendu. Le peuple ne fut ni englouti par la mer, ni massacré par ses persécuteurs.
Comme le dit le Psaume 30 :

« Devant moi, tu as ouvert un passage » (Ps 30, 9)

Le passage de la mer Rouge a été un moment fondateur pour le peuple d’Israël. La mort et la résurrection du Christ est un moment fondateur encore plus fort pour l’Église.

Si Jésus est ressuscité, c’est pour nous ; les bénéfices de la résurrection pour nous

Si Jésus est ressuscité, c’est pour nous. Cette nouvelle de la résurrection nous concerne. Le baptême, c’est la résurrection pour nous. Les autres textes de cette veillée font plus directement le lien avec les promesses de salut pour nous, pour nous sauver du péché. Ils accompagnent la célébration des baptêmes, cœur de cette nuit.

Saint Paul nous montre bien que l’enjeu n’est pas simplement que notre corps ressuscite mais que nous menions une vie nouvelle :

« Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi … et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. … De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ. »

1re Lecture : La création

Dieu ne crée pas pour abandonner ensuite. Dans une très belle homélie antique pour le samedi saint, voici les paroles que l’auteur met sur les lèvres du Christ qui s’adresse à Adam :

« Éveille-toi, ô toi qui dors, je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève-toi d’entre les morts : moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains ; lève-toi, mon semblable qui as été créé à mon image. Éveille-toi, sortons d’ici. »

La résurrection est présentée comme une nouvelle création : de même que Dieu fait surgir la vie du néant, il fait surgir Jésus de la mort. Une oraison l’exprime très bien :

« Dieu éternel et tout-puissant, toi qui agis toujours avec une sagesse admirable, Donne aux hommes que tu as rachetés de comprendre que le sacrifice du Christ, notre Pâque, est une œuvre plus merveilleuse encore que l’acte de la création au commencement du monde. »

Nous sommes invités à cultiver cet émerveillement comme le psalmiste qui nous a offert une si belle prière (Psaume 103 ou Psaume 32).

4e lecture : Isaïe : Dieu est comme un époux fidèle (Is 54, 5-14)

L’alliance indestructible malgré le péché. La résurrection est une réconciliation, une restauration de l’alliance. Dieu nous donne cette belle perspective de l’union définitive avec Dieu qui fait que « à la résurrection, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme les anges dans le ciel » (Mt 22, 30). Comme Jésus l’affirme aux Sadducéens, l’union avec Dieu nous comblera totalement.

5e lecture : Isaïe : Dieu nous offre gratuitement le salut (Is 55, 1-11)

Dieu veut sauver tous les hommes. Il veut sceller avec nous une alliance éternelle. Ses voies nous déconcertent souvent. La Parole de Dieu est efficace : « elle ne revient pas sans effet ». C’est une grâce purement gratuite à laquelle nous avons accès « sans argent et sans rien payer ». Il s’agit de se laisser sauver par Dieu :

« Voici le Dieu qui me sauve : j’ai confiance, je n’ai plus de crainte. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut. » (Cantique Isaïe 12, 2)

6e lecture : Baruch (Ba 3, 9-15.32 – 4, 4) : mais nous sommes appelés à coopérer à la grâce

Si d’un côté le salut est gratuit, d’un autre côté, on ne peut pas vivre n’importe comment, en ennemis de la croix du Christ :

« Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. » (5e lecture : Is 55, 7)

La grâce n’agit pas en nous sans nous. Pour collaborer à la grâce, nous sommes invités à renoncer au mal et à professer notre foi. C’est cet engagement que nous renouvellerons dans quelques instants.

Nous sommes invités à accueillir la sagesse de Dieu. Cette sagesse de Dieu nous déconcerte souvent. C’est la folie de la Croix de Jésus :

« Ce dont nous parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire. » (1 Co 2, 7)

7e lecture : Ezéchiel (Ez 36, 16-17a.18-28)

C’est la septième lecture qui parle du baptême de la manière la plus explicite :

« Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères : vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu. » (7e lecture : Ez 36)

« Frères, si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. » (Rm 6, 4)

Cette lecture est logiquement suivie du Psaume 50 qui nous parle de cette résurrection intérieure :

« Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. … Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne. … Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. »

Conclusion :

Quel est le premier chant que l’on trouve dans la Bible ? C’est le cantique de Moïse (Exode 15, 1-19) que nous avons chanté après la lecture de la traversée de la mer Rouge. Si, après avoir passé la mer, Moïse se met à chanter, et avec lui tout le peuple, c’est parce qu’il a vu le Seigneur jeter « dans la mer cheval et cavalier », écartant ainsi la menace mortelle qui pesait sur Israël. Ce cantique de la mer (Exode 15, 1-18) est l’expression de la joie des Hébreux d’avoir été délivrés, d’être passés de la mort à la vie.

Quel est le dernier chant rapporté dans la Bible ? C’est celui que l’on trouve au chapitre 15 de l’Apocalypse : Jean entend les « vainqueurs de la bête » chanter au Ciel le cantique de Moïse et celui de l’Agneau. Parce que désormais la victoire est pleinement acquise, l’Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance, les fils d’Israël et ceux qui croient en Jésus peuvent s’unir en un même chant nouveau :

« Grandes et admirables sont tes œuvres, Seigneur Dieu tout-puissant. »

Que ce temps pascal soit un temps où nous scrutons les victoires de Dieu ! Et que par conséquent, il soit pour nous un vrai temps de joie !

Nous pourrons alors nous unir à la joie de notre reine du Ciel (Regina Caeli) et de tous ceux qui ont cru.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de l’Exode 14,15-31.15,1a.
  • Livre de l’Exode 15,1b.2.3-4.5-6.17-18.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 6,3b-11.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 28,1-10 :

Après le sabbat, à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent pour regarder le sépulcre.
Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. Il avait l’aspect de l’éclair, et son vêtement était blanc comme neige.
Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, se mirent à trembler et devinrent comme morts.
L’ange prit la parole et dit aux femmes : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait.
Puis, vite, allez dire à ses disciples : “Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez.” Voilà ce que j’avais à vous dire. »
Vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.
Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui.
Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »