Texte de l’homélie
Chers frères et sœurs
Nous ne sommes plus au 1er siècle, en ce temps où la fascination pour le Seigneur était telle qu’on souhaitait Le retrouver au plus tôt. Force est de constater que le Christ n’est pas encore revenu voici maintenant plus de 2000 ans… Et nous avons perdu ce sens de l’attente, cette impatience de Son retour. Il serait bon que nous en retrouvions quelque chose.
Vous le savez peut-être, au premier siècle, on nommait-on ce retour du Christ la Parousie. La Parousie, c’était la visite d’un grand personnage dans une cité, pour faire montre de sa magnificence. C’est-à-dire pour combler cette ville de ses bienfaits.
Ce terme est tout à fait adapté lorsqu’il s’agit de cette venue du Seigneur dans Sa cité, dans notre monde, pour le combler de Ses bienfaits. Ainsi, la première venue du Christ Lui permit d’offrir aux hommes le don du salut : Il fait des dons aux hommes. Cet ultime avènement sera l’occasion de dons plus grands encore ! La plénitude du salut, la fin de tout malheur, la paix définitive ! toute larme asséchée, toute blessure guérie…
Si, bien évidemment, nous sommes censés désirer ce jour du Seigneur, souvenons-nous que c’est d’abord Lui qui désire cet avènement, cette rencontre définitive entre Dieu et l’homme. Autrement dit, cette parousie est le fruit du désir de Dieu : désir d’une intimité nouvelle avec l’humanité, infiniment respectueuse.
« Quand le Christ ton bien aimé, dans sa chair t’épousera. »
Mais, quand nous écoutons l’évangile, la parousie ne semble pas coïncider avec le tableau que je trace. Car, à quoi est comparée cette parousie ? au déluge ! car la parousie, comme le déluge, touchera tout homme, personne ne s’y pourra dérober.
Mais n’oublions pas ceci : Le Seigneur nous dit que l’un sera pris l’autre laissé… C’est-à-dire que chacun aura le sort qui lui revient. Autrement dit, le Seigneur s’adapte à chacun. En effet, certains ne rentreront pas dans la salle des noces, semble dire le Seigneur, quand d’autres y seront appelés.
Peut-être pouvons-nous nous souvenir avec Saint Paul que ces deux hommes - ils sont en nous – et nous redire que l’un sera pris, l’autre laissé. Le Seigneur prendra ce qu’il y a de meilleur en nous, le reste sera laissé au feu purificateur…
Pour le dire autrement, il n’y aura pas de justice arbitraire, un jugement en masse, mais une rencontre personnelle avec chacun.
Alors frères et sœurs, il n’y a pas à craindre cette venue du Seigneur. Il semble même que le Seigneur ne cesse d’anticiper chaque jour cette parousie ultime. Tout au long de nos vies, le Seigneur S’approche de nous, de chacun de nous pour nous unir plus étroitement à Lui.
Le Cardinal Ratzinger évoquait la liturgie en ces termes : selon lui, dans chacun des sacrements, elle était une manière pour le Seigneur de faire un pas vers nous. Dans le baptême, dans le sacrement de réconciliation, et surtout dans l’Eucharistie, où non seulement la grâce, mais l’auteur même de la grâce nous est donné.
Avons-nous conscience qu’en ce moment - si je puis dire – le Seigneur S’approche de notre assemblée, de chacun de nous, et que la communion sera comme les prémices de notre grande rencontre, celle qui aura lieu entre Dieu et l’homme à la fin des temps ?
Réalisons-nous bien que la prière, la lecture de la Bible, la lectio divina pour Bernard de Clairvaux, offrent au Verbe la possibilité de venir à nous. C’est comme ouvrir une voie jusqu’à nos cœurs, comme on ouvre des chemins à travers la montagne…
Mais plus important encore, c’est chacune de nos vies que nous pouvons offrir au Seigneur pour qu’Il fasse Son chemin jusqu’à nous : chaque événement, heureux ou malheureux, chacune des rencontres ne sont pas simplement « une manifestation du Seigneur », comme disait Pascal. C’est aussi le pas que le Seigneur fait vers nous. En termes bibliques, cela s’appelle les visites de Dieu. Et ces visites étaient soient des réjouissances - la venue d’un enfant, une victoire - soient des souffrances, une défaite, l’exil… mais le terme de visite disait bien qu’en chacune de ces occurrences, le Seigneur faisait un pas vers Son peuple.
Il est important que nous puissions relire notre vie à cette lumière. Le psychiatre Victor Frankl en avait la substance de sa doctrine et de sa thérapie et invitait ses patients à s’interroger ainsi :
Vous l’avez compris, cet ultime événement que nous sommes appelés à lire à cette lumière, c’est notre propre mort : ou summum de l’absurde, ou ultime pas que le Seigneur fait vers nous, ultime grâce qu’Il nous accorde….
Enfin, il est important de souligner que Dieu ne veut rien nous imposer, pas même Sa présence. Il nous propose simplement de la désirer. Et si la Parousie est pleine du désir de Dieu, Il nous demande : « et toi que désires tu ? désires tu aussi que Dieu soit tout en tous ? »
Car c’est cette clef que nous donne saint Paul en la deuxième lecture :
« Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. »
Ce salut est proche, et quand on voit un événement favorable se rapprocher de nous - la visite d’un ami ou d’un parent très cher - nous n’avons qu’une idée : hâter sa venue ! C’est pour cela que Saint Paul dit implicitement : « ne retardez pas ce moment, par votre négligence, votre sommeil » mais hâtez le par votre droiture, en rejetant les œuvres de ténèbres…
Nous avons sans doutes trop perdu cette perception. En fait, à travers Saint Paul, le Seigneur nous dit : « réappropriez-vous le pouvoir que vous avez sur le temps, votre attente de la parousie n’est pas qu’une pure passivité, vous avez moyen de la hâter »…
Nous le savons, aujourd’hui, pour bien des raisons, nous souhaitons que soit signée une paix pour que s’arrêtent les combats à l’Est de l’Europe, selon une paix juste bien sûr. Mais que nous voudrions pouvoir peser pour que cette paix soit conclue !… Envisageons alors que c’est bien la même chose pour cette grande paix finale, ce shalom, cette bénédiction en plénitude qui sera accordée à la terre entière à la fin des temps.
Nous pouvons peser, si je puis dire, pour qu’elle soit conclue au plus vite. Dieu nous associe à ce point à Son gouvernement.
Et nos bonnes actions, notre apostolat, notre rectitude, notre sainteté, ne sont pas simplement à voir dans leur impact immédiat : améliorer les conditions de vie de ceux qui nous entourent, laisser une trace de lumière… Tout cela, doit permettre de hâter la venue du Seigneur, de déclencher le plan de sauvetage intégral du monde entier.
Plus nous nous sentons associés, plus nous nous impliquons. C’est une extraordinaire vision de la vie morale, non pas seulement par souci du respect de quelques normes, mais par notre participation au gouvernement du monde.
Ces vérités sont peut-être neuves pour nous. En tous les cas, elles sont peu évoquées, mais elles font partie de l’Écriture : il nous les faut méditer, il nous faut en être vivifiés.
Que Notre Dame de l’Attente, Notre Dame de l’Avent nous y aide,
Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre d’Isaïe 2,1-5.
- Psaume 122(121),1-2.3-4ab.4cd-5.6-7.8-9.
- Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 13,11-14a.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 24,37-44 :
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme.
En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme.
Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé.
Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée.Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »