Homélie du Premier dimanche de l’Avent

1er décembre 2025

« Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Cette homélie a été prononcée au cours de la messe dominicale célébrée à l’église Saint-Germain de Compiègne.

Écouter l’homélie

Texte de l’homélie

En préparant cette homélie, il m’est apparu que nous pouvions prendre deux axes de méditation, deux fils rouges qui unissent les lectures de cette célébration.

  • Le premier axe est celui de la lumière et des ténèbres :

    « Conduisez-vous comme on le fait en plein jour. La nuit est bientôt finie, le jour est proche » (Rm 13,12-13)

Ce passage de la nuit à la clarté nous rappelle que le temps de l’Avent est un temps de transition, un cheminement qui nous entraine vers ce qui est lumineux en nous

  • Le second axe :, qui fait naturellement écho au premier tant ils sont complémentaires, oppose le sommeil à la vigilance.

    « Vous ne savez pas quand le Fils de l’Homme viendra. S’il avait connu l’heure du voleur, le maitre de maison aurait veillé. Veillez et priez » (Mt 24)

La vigilance face au sommeil, la lumière face aux ténèbres : voilà, au fond, le cœur de l’Avent.

L’appel à l’intériorité face aux bruits du monde

Le cœur de l’Avent coïncide avec le rétrécissement des jours. Cette nature qui se recueille semble nous inviter à éveiller notre vie intérieure et à mettre le cap sur l’intériorité. Pourtant les voix du monde cherchent à nous en détourner par des forces centrifuges qui nous éloignent de nous-mêmes. Nous voyons aujourd’hui des phénomènes absents il y a vingt ans, comme le Black Friday qui s’ajoutent à d’autres célébrations commerciales comme Halloween. La course aux cadeaux a toujours existé, mais nous sentons qu’elle s’intensifie.

A ce sujet, j’aime faire mémoire de cette parole de Georges Bernanos, écrite en 1946 :

« On ne comprend pas la civilisation moderne si on ne la voit pas comme une conspiration universelle contre toute forme de vie intérieure. »

Que dirait-il aujourd’hui ? Ce combat, pourtant, est de tout temps. Fuir l’intériorité, c’est fuir la présence de Dieu Or la spécificité de notre vie chrétienne réside dans le fait que nous sommes des êtres habités. Par le baptême, nous recevons une lumière intérieure qui fait que le chrétien porte en lui-même plus que lui-même. C’est une singularité profonde de notre foi.

Je salue l’initiative de Sixtine et de toute l’équipe des étudiants qui ont préparé cette messe à la bougie. Cette démarche marque magnifiquement l’entrée dans l’Avent par le recueillement et le choix de l’essentiel. Certes, il s’agit d’un combat spirituel, car si nous ne sommes pas du monde, nous sommes dans le monde, constamment sollicités. Pour nous guider, ce temps liturgique nous offre deux grandes figures : Jean-Baptiste et la Vierge Marie.

Marie, maitresse de vie spirituelle

En ce début d’Avent, nous pouvons prendre la Vierge Marie comme maîtresse de vie spirituelle. Marie est enceinte parce qu’elle a accueilli la présence de l’ange. Dans le récit de l’Annonciation, un détail discret mérite notre attention :il est écrit :

« Et l’ange entra » (Lc 1,28)

Ce n’est pas Marie qui est sortie de sa maison, c’est l’ange qui y est entré. Cela signifie qu’elle était chez elle, non pas seulement sous son toit, mais en elle-même, pleinement présente à son intériorité. C’est ainsi qu’elle a pu accueillir la motion du Saint-Esprit. Marie nous montre que toute fécondité nait d’une vie intérieure et exige un passage des ténèbres à la lumière.

L’Avent est ainsi un temps de pénitence joyeuse. Le prêtre revêt la chasuble violette, signe de la conversion. C’est une conversion heureuse car elle nous conduit vers une naissance. Cette transformation est indispensable pour que nous puissions porter un fruit qui demeure. C’est la question fondamentale de notre existence : Quel fruit allons-nous porter ? Quelle trace laisserons-nous ?

Cette empreinte dépend de notre attention aux motions du Saint-Esprit et à la lumière qui nous habite. Bien que je ne sois pas en paroisse, il m’arrive parfois de présider un enterrement. Vous le savez, la célébration commence toujours par le rituel de la lumière. Ce sont souvent les enfants ou les petits-enfants qui viennent allumer les cierges autour du cercueil, comme pour signifier qu’au soir de notre vie, seul ce qui aura été lumineux subsistera.

Le combat spirituel et l’expérience de la présence

Choisir la lumière reste un combat. Il existe en chacun de nous des zones d’ombre. Comme l’écrivait l’Apôtre Saint Paul :

« Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. » (Rm 7,19)

Le combat spirituel consiste à vivre d’une présence, à se laisser attirer par elle. On a parfois trop présenté le christianisme comme une simple morale – où il faut faire le bien et éviter le mal -, alors qu’il est d’abord une expérience intérieure.

En tant que disciples de Jésus, nous avons le privilège de porter en nous, malgré nos faiblesses, cette présence divine reçue au baptême. Lorsque nous vivons de la lumière de Dieu, nous devenons transparents à sa clarté, et nous rendons les autres lumineux

Si nous sommes réunis ce soir dans cette église, c’est parce que, même à tâtons, nous avons fait l’expérience de cette lumière en nous ou chez les autres. Par l’écoute attentive de la Parole de Dieu, nous découvrons un chemin qui nous transforme et nous permet d’entrer en relation profonde avec autrui. Fuyons la superficialité. Si les festivités de Noël sont légitimement remplies de gaieté, la véritable joie vient de ce sentiment profond d’être aimé de l’intérieur par le Seigneur, au-delà de toutes nos fragilités.

Un nouveau rapport au temps et l’accueil de la fragilité

L’Évangile nous livre une parole apocalyptique – au sens littéral de « révélation » - qui bouscule nos repères :

« C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le fils de l’homme viendra. » (Mt 24,44)

Être habité par cette présence modifie notre rapport au temps. Contrairement aux sagesses asiatiques qui conçoivent un temps circulaire lié à l’incarnation, la foi chrétienne s’inscrit dans un temps linéaire, doté d’un début et d’une fin, orienté vers la résurrection.

Nous envisageons le terme de notre vie comme une rencontre, un passage vers la pleine lumière, car par la foi, nous habitons déjà le Royaume de Dieu.

Cette vision nous invite à recevoir la réalité de la main de Dieu. Deux obstacles peuvent freiner cet accueil :

  • L’activisme, qui nous entraine loin de nous-mêmes vers des forces centrifuges qui nous rend analphabètes de notre propre vie.
  • Le perfectionnisme, qui nous empêche d’accepter la fragilité.

Parfois nous aimerions un salut puissant, visible et glorieux. C’est la tentation que le Christ a connue au désert, et lors de sa passion : manifester la puissance à la manière du monde. Pourtant, c’est dans la fragilité du nourrisson que le Seigneur nous rejoint. Il désire que nous déposions nos propres fragilités à ses pieds. C’est en choisissant de vivre sans craindre nos fragilités que nous devenons lumineux et féconds.

L’Avent est un temps de beauté exceptionnelle, une période de grâce et de bénédiction où le désir s’éveille : le désir d’une vie profonde, d’une vie en Dieu. Certes, nous avançons tous à tâtons. Mais la vie chrétienne est une expérience, et l’Église se déploie en transmettant cette expérience.

Demandons à la Vierge Marie, notre maîtresse de vie spirituelle, de nous aider à devenir les témoins d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 2,1-5.
  • Psaume 122(121),1-2.3-4ab.4cd-5.6-7.8-9.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 13,11-14a.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 24,37-44 :

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme.
En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme.
Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé.
Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée.

Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »