Homélie du Quatrième dimanche de Carême

17 mars 2026

Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »

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Texte de l’homélie

Chers frères et sœurs,

Il nous est bon de nous rappeler que les évangiles du Carême année A sont ceux qui sont choisis pour les catéchumènes car ils constituent une véritable catéchèse. Ainsi, le texte Que nous enseigne Évangile du jour ? Il ne cesse de nous montrer Christ est notre lumière. C’est une évidence pour qui a fait l’expérience de cette rencontre. C’est la métaphore de la lumière qu’il faut rapporte d’abord à la vie.

Le Christ est la lumière du monde

Quand brille le soleil, toute la végétation se déploie, s’épanouit. Ainsi pour nous : si la lumière du Christ brille, si je trouve un sens à mes actes, je produirai de bons fruits. Si cette lumière ne m’arrive pas, ma vie sera sans fruit : à quoi bon agir si personne ne le voit ? A quoi bon faire le bien, si personne ne me juge ? Sans Christ la tentation des ténèbres est forte. Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres elles ne produisent rien de bon »

Mais il y a une grande différence entre cette lumière du soleil et celle du Christ ! le soleil la plante ne choisit pas de s’y exposer. Pour la lumière du Christ c’est différent ! j’ai le choix ! je peux dire oui ou non. C’est tout le sens de l’Évangile. Cet aveugle qui guérit veut croire en Christ, les pharisiens qui refusent absolument sa lumière. Voilà le premier grand enseignement de ce Dimanche : j’ai le choix. ET ce choix de Dieu c’est la foi. Une foi personnelle, intègre, pascale. Sans elle pas de lumière.

Une foi personnelle

Elle doit être personnelle. L’aveugle est seul. Il se bat contre tous d’une certaine façon. Il se fait injurier, ses parents ne veulent pas se mouiller. Il affronte seul ce choix du Christ pour dire finalement :

« Je crois, Seigneur ! »

On comprend à la lecture de ce texte ces mots du Christ : « je suis venu apporter non la paix, mais l’épée ». Le Seigneur avant tout le choix personnel de Dieu, qui peut nous isoler. Comme Marie à l’Annonciation : une profonde solitude, à deux doigts d’être répudiée.

Et nous quand Dieu se révèle à nous, il nous faut cette solitude.

« My creator and myself. » (Cardinal John Henry Newman)

Il faut certes le soutien d’une communauté et en même temps, mais il faut assumer l’aspect solitaire personnel, parfois marginale de sa foi. Si demain vous quittez votre pays, votre famille, votre communauté de rattachement, votre culture, il faut continuer. Continuer à croire, continuer à aimer l’Église… partout où elle se trouve.

Trop de personnes qui venues de pays pratiquants, une fois arrivées en France, se laissent corroder par l’apostasie silencieuse, le relativisme

Que veut dire une foi personnelle ‘l’acte de foi est ce qui engage le plus votre liberté. Car elle engage toute votre vie. Mais plus encore, croire va creuser en vous une intériorité nouvelle…

Car comment est née votre foi ? par l’écoute de la parole. Une parole tout à coup vous a touché et a ouvert comme d’autres horizons à l’intérieur de vous-mêmes, d’autres palais intérieurs dirait saint Augustin. Dieu vous a parlé. Et en vous parlant, il a creusé en vous ce lieu de Dieu, le cœur. La foi vous a ouvert à une autre réalité, comme un dormeur s’éveillant sort de ces songes et s’ouvre au monde qui l’entoure. « Réveille-toi, ô toi qui dors, »

Mais pour que ce cœur profond ne soit pas enseveli sous les décombres, sous les préoccupations quotidiennes… que faut-il ? il faut par une fréquentation assidue, revenir à la Parole de Dieu. Tous les jours on se nourrit de pain, tous les jours on doit se nourrir de la parole. Méditée ne serait-ce que quelques minutes. Sinon notre foi sera superficielle, purement sociologique, fragile…

Une foi intègre

Votre foi doit être non seulement personnelle mais intègre, pure. On dit de l’Église qu’elle est vierge, parce qu’elle conserve une foi absolument intègre. Tout au long de l’Histoire, beaucoup ont voulu corrompre cette foi de l’Église : une foi trop difficile à l’intelligence, trop exigeante moralement… alors on taille, on modifie, on adultère. Et, cette lumière on la filtre, ce n’est plus la lumière resplendissante du soleil, c’est celle des lampes à sodium dans les tunnels : à leur éclairage, tout semble d’un brun sale… terne.

Cette lumière de la foi doit être solaire, votre foi doit être intègre. Et où la trouve t on cette foi intègre ? dans l’Église ! Et dans l’Église seulement. Il y a une vraie confiance à faire à l’Église en ce sens. Je ne suis pas moi-même maître de vérité. C’est elle qui va me dire qui est Dieu, ce qu’est l’homme. S’éloigner de l’Église, c’est vite tomber dans l’idéologie, c’est vite penser comme mon journal, mon parti politique, ma classe sociale.

C’est elle qui va me recommander le chemin à prendre à la suite du Christ : qui va régler mes actes en me proposant une vraie morale chrétienne. Ayez l’audace de faire confiance à l’Église notamment dans son enseignement moral. Cette fidélité fera de vous des enfants de lumière. Cette fidélité vous rendra heureux !

Cette Église aussi maîtresse de charité, école de communion : c’est elle qui sait articuler avec une infinie sagesse, puisqu’elle lui vient du Saint Esprit, avec l’équilibre de la grâce aussi, les rapports entre vérité et charité, et exigence et miséricorde. Laissons-nous guider par elle.

Une foi pascale

Enfin votre foi doit être une foi pascale. Dans l’Ancien Testament, la foi, c’était une confiance en Dieu, l’affirmation de son unicité. Avec le Nouveau Testament, notre foi est fondamentalement proclamer Christ mort et ressuscité pour nous.

Mais c’est aussi accepter que le Christ mort et ressuscité vous livre l’interprétation du monde, c’est voir le monde avec les yeux du Christ. C’est cela être contemplatif. Pas seulement essayer de voir Dieu, mais c’est voir le monde avec les yeux de Dieu. Comme dans cette première lecture. Les hommes regardent à l’extérieur. Et pour choisir un roi en Israël, on préfère le plus fort. Mais ce n’est pas celui-là que Dieu choisit :

« Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » »

C’est cela avoir la foi : partager ce point de vue de Dieu en toute chose. Ce qui est vil et méprisé, savoir en discerner la valeur :

« Dieu a choisi ce qui est vil dans le monde, ce qu’on méprise, ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est. » (1 Corinthiens 1:28)

Savons-nous au quotidien porter ce regard sur les personnes, les événements… ? pourquoi est-ce si important ? Parce que Dieu passe par la faiblesse pour se manifester. David, ce dernier de famille sera un grand roi. Les apôtres, ces pécheurs seront ces colonnes de l’Église. Le Crucifié est le Seigneur de l’Univers. Mais plus encore, regardons notre vie avec les yeux de notre foi. Celle-ci nous invite à ne pas mettre à la poubelle les moments les plus douloureux, les échecs, les souffrances, ni même le péché… car en tout cela doit éclater la lumière de la résurrection ; comme aujourd’hui à travers cet aveugle resplendit la puissance du Christ. Il a fallu cette infirmité pour que Dieu manifeste sa force. À chaque pas, devant notre monde détraqué et malade, devant nos faux pas, nos médiocrités, il nous faut pouvoir dire au Seigneur : « Seigneur que ta force se déploie dans notre faiblesse, car ta grâce nous suffit ! »

Conclusion :

Alors chers frères et sœurs, ce n’est plus seulement le Christ qui sera votre lumière, c’est vous-mêmes qui serez lumière pour le monde. Demandons en la grâce à la Vierge Marie,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Premier livre de Samuel 16,1b.6-7.10-13a.
  • Psaume 23(22),1-2ab.2c-3.4.5.6.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 5,8-14.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 9,1-41 :

En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent :
— « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »
Jésus répondit :
— « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé.
L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.
Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C’est lui. »
Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. »
Mais lui disait : « C’est bien moi. »
Et on lui demandait :
— « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »
Il répondit :
— « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent :
— « Et lui, où est-il ? »
Il répondit : « Je ne sais pas. »
On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit :
— « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. »
Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. »
D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle :
— « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? »
Il dit : « C’est un prophète. »
Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents et leur demandèrent :
— « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? »
Les parents répondirent :
— « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle. Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »
Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ. Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »
Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent :
— « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
Il répondit :
— « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. »
Ils lui dirent alors :
— « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
Il leur répondit :
— « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? »
Ils se mirent à l’injurier :
— « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples.
Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
L’homme leur répondit :
— « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux.
Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
Ils répliquèrent :
— « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? »
Et ils le jetèrent dehors.
Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit :
— « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Il répondit :
— « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit :
— « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
Il dit :
— « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »

Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent :
— « Serions-nous aveugles, nous aussi ? »
Jésus leur répondit :
— « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. »