Texte de l’homélie
Chers frères et sœurs,
Ce temps de carême est un temps privilégié pour tous ceux qui recevront le baptême à Pâques. L’Évangile de la Samaritaine accompagne les catéchumènes dans leur démarche et il nous aide nous aussi à nous préparer à renouveler les promesses de notre baptême la nuit de Pâques.
Rappelons-nous que ce dialogue entre Jésus et de la Samaritaine se passe autour du puits de Jacob. Dans la tradition biblique, le puits est un lieu de rencontre, notamment pour des fiançailles (cf. Rébecca en Gn 24, Rachel en Gn 29, Moïse en Ex 2).
Je distinguerai trois moments de cette rencontre de la Samaritaine avec Jésus. Cela vaut aussi pour les catéchumènes et chacun d’entre nous.
- Il y a d’abord la rencontre proprement dite.
- Dans un deuxième temps, il y a les implications de cette rencontre sur notre vie.
- Et enfin cette rencontre est appelée à s’approfondir dans notre vie de prière.
Rencontre avec Jésus (1re et 2e parties du catéchisme)
C’est Jésus qui est là le premier au puits
Quel est celui qui est arrivé le premier auprès du puits : la samaritaine ou Jésus ? C’est Jésus car il a soif de nous, comme il l’exprimera sur la Croix (Jn 19, 28). C’est lui qui fait le premier pas. Il est toujours bon de nous rappeler que Dieu nous précède : Il nous attend ; Il nous désire. Une belle phrase du Cantique des cantiques l’exprime très bien :
« Je suis à mon bien-aimé, et vers moi se porte son désir. » (Ct 7,11)
Jésus nous tend des perches de mille manières
Certains itinéraires pour rencontrer Jésus se ressemblent. Cependant chacun a son itinéraire particulier. La rencontre avec Jésus passe par des occasions providentielles. Ici, la Samaritaine rencontre Jésus dans son quotidien et parce qu’elle est surprise par sa demande. C’est parce qu’elle accepte de faire un geste de bonté envers quelqu’un qui a besoin d’elle que Jésus Se révèle à elle. Dieu la rejoint par son bon cœur.
Pour d’autres, comme Moïse, c’est une forme de curiosité qui attire son attention :
« Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? » (Ex 3, 3)
C’est le cas aussi de Zachée.
Pour d’autres encore, c’est une forme d’insatisfaction : tant qu’ils n’ont pas trouvé Jésus il leur manque quelque chose.
C’est ce qu’exprime très bien saint Augustin :
« Notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi »
De fait, cette femme n’était visiblement jamais satisfaite de l’amour des hommes qui est toujours limité.
Pour d’autres, c’est à l’occasion d’une épreuve qu’ils se tournent vers Dieu.
D’autres se mettent en route à partir du témoignage de quelqu’un ; c’est le cas des Samaritains à la fin de cet évangile :
« Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Nous restons toujours libres d’ouvrir nos cœurs ou non
Dieu aime nous tendre des perches. Ensuite, on les saisit ou on ne les saisit pas. Nous sommes libres ; Jésus n’entre jamais par effraction dans notre cœur.
Comme le dit Saint Augustin :
« Jésus avait soif de la foi de cette femme » (Augustin, In Ioh. Ev. 15, 11)
Il en est de même pour chacun de nous. C’est cette ouverture du cœur par la foi qui permet à Dieu de répandre Son Esprit Saint en nos cœurs.
Dans l’épître aux Romains, Saint Paul nous dit :
« Jésus nous a donné, par la foi, l’accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis. »
Si vous me permettez la comparaison : on ne peut entrer dans certains sites Internet que si on nous donne un accès. Dans le monde de Dieu, c’est Jésus qui nous donne cet accès. Sans Lui, nous ne pouvons pas entrer dans le monde de la grâce ! C’est Lui qui nous permet d’avoir accès aux eaux vives de la grâce.
L’Esprit Saint devient en nous comme une sources, qui nous permet de connaître Dieu, de changer notre vie, d’entrer dans une relation vivante avec lui, de témoigner de lui.
Les implications de cette rencontre avec Jésus (question de la morale, 3e partie du catéchisme)
Lorsqu’on fait une vraie rencontre avec Jésus, on se rend vite compte que cela aura des implications sur notre vie. C’est un peu comme dans la parabole du trésor ou de la perle : celui qui veut avoir le trésor vend tout ce qu’il a pour acheter le champ (Mt 13, 44) ; celui qui veut acquérir la perle doit accepter de se séparer des autres perles (Mt 13, 46).
La rencontre avec Jésus implique des choix bien concrets. Il faut une certaine disponibilité qui se traduit souvent par la question : « que devons-nous faire ? ». Cette question, que l’on trouve dans l’évangile, dans les actes des apôtres ou dans la vie des saints est signe de cette disponibilité.
Dans l’Évangile de ce jour, la Samaritaine est parvenue au point où elle demande l’eau vive. On pourrait penser qu’elle est prête à accueillir le don de Dieu. Mais il y a encore un pas à faire : la vérité sur sa conduite morale.
L’eau vive qu’est l’Esprit Saint est une eau de miséricorde. Il vient nous purifier un peu comme cet eau qui sort du côté du temple :
« Cette eau se déverse dans la mer en sorte que ses eaux deviennent saines. Partout où passera le torrent, tout être vivant qui y fourmille vivra. Le poisson sera très abondant, car là où cette eau pénètre, elle assainit, et la vie se développe partout où va le torrent. » (Ez 47, 8-9)
La Samaritaine est à même de redire le début du beau psaume 138 :
« Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais ! de très loin, tu pénètres mes pensées. Que je marche ou me repose, tu le vois, tous mes chemins te sont familiers. »
Elle accueille cette lumière ; elle ne la vit pas comme une violence. C’est un peu comme pour Zachée dans l’Évangile. La lumière qui est donnée a des implications concrètes de sa vie avec cet élan de réparer les vols commis.
Cette foi ne concerne pas seulement notre intelligence mais tout notre être. Ce n’est pas une doctrine à laquelle il faut adhérer mais une personne à qui il faut se remettre. Il s’agit de se laisser visiter par Jésus dans toutes les dimensions de notre vie.
Se pose aussi la question de la prière (4e partie du catéchisme)
Le récit de la Samaritaine ne s’arrête pas là. Il y a comme un rebondissement lorsque la Samaritaine interroge Jésus sur l’adoration :
« Alors, explique-moi : nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l’adorer est à Jérusalem. »
Nous pouvons noter au passage que Jésus n’est pas un relativiste qui dit que tout se vaut :
« Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. »
Cependant Jésus invite à aller plus loin :
« l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité. »
Et il se présente alors comme « le Messie, celui qu’on appelle Christ ».
Cette étape est fondamentale. On ne peut se limiter à une forme de ritualisme. Nous sommes appelés à une relation plus profonde avec Dieu. Il s’agit d’entrer dans une relation filiale avec Dieu, de l’adorer « en esprit et en vérité ». Il s’agit de passer de la tête au cœur. Une chose est de « savoir des choses sur Dieu », autre chose de Le connaître, d’être en relation avec un Dieu vivant.
Il y a beaucoup de gens qui pensent savoir beaucoup de choses sur Dieu et qui sont même prêts à défendre ces idées avec violence, mais qui – en fait – ne le connaissent pas.
Un chrétien ne peut pas en rester à des idées sur Dieu ; nous sommes appelés à avoir une relation vivante avec Lui. La foi ne concerne pas seulement notre intelligence. Il ne s’agit pas seulement d’adhérer à une doctrine mais d’entrer dans une relation de confiance à l’égard d’une personne, de vivre un cœur à cœur avec lui. C’est cela le culte spirituel.
C’est aussi un long chemin car, dans notre vie, cette relation de confiance est mise à mal par les difficultés que nous pouvons traverser _. C’est cette question de confiance qui s’est posée à Massa et Meriba dans la première lecture de ce jour :
« Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n’y est-il pas ? »
C’est alors un lieu de purification de notre foi comme en parlent tous les apôtres quand ils parlent des épreuves :
« Elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu. » (1 P 1, 7 ; Jc 1, 3 ; Rm 5, 4)
Conclusion :
En conclusion, il faut ajouter une quatrième partie car l’itinéraire de cette femme (rencontre ; implications concrètes dans sa vie ; prière) ne s’arrête pas là. Elle devient aussi témoin :
« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. »
J’aime la manière dont elle présente les choses. Elle ne les impose pas. Elle laisse une question résonner dans l’esprit des gens :
« Ne serait-il pas le Christ ? »
Elle met spontanément en œuvre la consigne que Jésus donnera au possédé délivré de ses démons :
« Rentre à la maison, auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. » (Mc 5, 19)
C’est ce qu’aimait rappeler le Pape François lorsqu’il parlait de disciple-missionnaire. Pour lui, un vrai disciple est toujours missionnaire. Et le pape Jean-Paul II faisait remarquer que :
« La foi se renforce en la donnant. »
Alors n’hésitons pas à faire de même !
En cet itinéraire de catéchuménat ou de croyant, n’hésitons pas à nous appuyer sur la Vierge Marie.
Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre de l’Exode 17,3-7.
- Psaume 95(94),1-2.6-7ab.7d-8a.9.
- Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 5,1-2.5-8.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 4,5-42 :
En ce temps-là, Jésus arriva à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph.
Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit :
— « Donne-moi à boire. » – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions.
La Samaritaine lui dit :
— « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains.
Jésus lui répondit :
— « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »
Elle lui dit :
— « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit :
— « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »
La femme lui dit :
— « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »
Jésus lui dit :
— « Va, appelle ton mari, et reviens. »
La femme répliqua :
— « Je n’ai pas de mari. »
Jésus reprit :
— « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. »
La femme lui dit :
— « Seigneur, je vois que tu es un prophète !…
Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. »