Homélie du troisième dimanche de Pâques

23 avril 2026

À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »

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Texte de l’homélie

Chers frères et sœurs

Deux hommes marchent aujourd’hui, déçus et tristes, s’éloignant de Jérusalem. Et un homme se joint à eux sur la route. Il ne se fait pas reconnaître. Les disciples d’Emmaüs seraient incapables d’accueillir cette révélation, ils n’y croiraient pas…
En premier lieu, nous pouvons remarquer l’infini respect du Seigneur pour nos consciences : Il ne les violente pas, Il ne les contraint pas, Il les attire peu à peu. Comment s’y prend-il ?

Avant de nous demander de Le suivre, c’est d’abord Jésus qui nous suit. Avec eux, Il s’éloigne de Jérusalem. C’est pourtant le centre spirituel, « the place to be » !
Car Jésus nous prend là où on en est. Il ne nous impose pas d’avoir un état d’âme, d’être dans une joie artificielle, etc…Il veut que nous soyons vrai. Il nous demande seulement : « Que vis-tu aujourd’hui ? quelles sont tes déceptions, tes joies ?… » Il veut que nous repartions de ce que nous sommes, sans se composer un personnage.

Puis le Christ les interroge, Lui qui sait pourtant tout !

« De quoi discutiez-vous en chemin ? »

Alors ils se livrent, ne restent pas dans le mutisme :

« Tu es bien le seul étranger à ignorer ce qui s’est passé à Jérusalem… »

Dire au Seigneur ce qui nous tient à cœur, comme cela est important ! Nos désirs, nos aspirations : ce n’est pas forcément de grands élans mystiques, simplement le désir qu’un repas de famille se passe bien, la tristesse pour une séparation, un manque de communication, le désir de revoir tel membre de sa famille, le souhait de la santé pour soi-même, ses proches…
Sans cette sincérité, notre foi sera de façade, il y aura un gouffre entre notre foi et notre vie. En fin de compte, Jésus sera resté un étranger…

Mais le Christ ne se contente pas d’écouter nos amertumes et nos tristesses : Il sait y répondre par des encouragements et nous dire : « Ton malheur n’est pas l’unique horizon. Reviens la vie ! »…

Il y a dans nos dépits, nos déceptions, souvent beaucoup de complaisance avec nous-mêmes.
Or la Parole du Christ nous relève, nous redresse. Lui, le ressuscité, va ressusciter ces cœurs. Car le Christ est infiniment compatissant, mais Il est aussi infiniment vivifiant. Nul plus que Lui ne sait partager nos détresses, mais nul plus que Lui nous en arrache.

Que font alors les disciples après la question de Jésus ?

Avec Lui, ils vont relire ce qu’il s’est passé. Alors oui, ils vont raconter l’évangile de la résurrection. Mais sans vraiment y croire : les faits sont là, mais le cœur n’y adhère pas.

« Ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël.
Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé.
À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur.
Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant.

C’est vrai, il est des moments dans notre vie, où rien ne nous touche plus, où les ténèbres et la tristesse - voire le désespoir - ont tellement tout envahi que rien n’est pour nous signe de joie. Ce tombeau vide ? il ne parle pas, il est muet. Ces femmes qui ont eu la vision des anges annonciateurs de joie ? des hystériques peut-être, de grandes émotives en tout cas, qui ont pris leur désir pour la réalité…
Voyons comment parfois le pessimisme peut éteindre en nous et autour de nous toute lumière, tout germe de vie.

C’est pour cela que pour nous faire remonter de ces abîmes, le Christ éclaire notre intelligence, notre capacité de lire le réel, de le décrypter. Alors oui, Il nous secoue un peu, Il nous dit : « Tu as tous les mots devant toi, mais tu ne parviens pas à en faire une phrase, parce que finalement tu ne veux pas ; tu ne veux pas croire… »

« Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! »

Il nous faut tous accepter ces reproches du Christ… il corrige sans violence… mais il corrige aussi. Et il corrige à la racine. Que te manque-t-il ? que me manque-t-il ? que nous manque-t-il ? la charité ? certes, mais d’abord la foi, parce qu’elle est à la racine de tout… c’est la 1re des vertus théologales, non la plus grande, mais la première.

Et à partir de là, Il peut relire les derniers événements avec les disciples d’Emmaüs et leur donner une autre signification : ce qui était échec, c’était en vérité la victoire de l’amitié de Dieu pour les hommes. Ce qui semblait défaite, c’était la promesse d’une victoire.

Il nous permet de relire la réalité avec des yeux neufs. Il nous permet de saisir les grandes lois de vie, les grandes lois de l’histoire, une histoire sainte :

« Ne fallait-il pas que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire ? »

Comme le dit aussi la première lecture : Il fut « livré selon le plan de Dieu » … Il nous permet de retrouver un sens là où tout semblait absurde… échec, chômage, etc…

Puis Jésus va plus loin, ou plutôt fait semblant d’aller plus loin… Pourquoi ? Avec un tact infini, en fait, Il demande l’hospitalité. Les disciples disent alors :

« Reste avec nous. »

La manière dont Il rentre dans nos vies, c’est de nous demander quelque chose.

Et puis, Il y a ce pain partagé. Car les disciples sont prêts, prêts à accueillir ce que signifie vraiment la résurrection : un Jésus qui non seulement veut rester avec nous mais bien plus en nous.
Si Jésus n’est pas ressuscité, Il ne peut être l’âme de nos âmes, la vie de nos vies. « Acceptes-tu une alliance plus profonde ? » nous demande-t-il.

Alors tout va très vite, leurs yeux s’ouvrent, ils le reconnaissent, Il disparaît, et les disciples annoncent l’Évangile à Jérusalem. Ils n’ont guère eu le temps de profiter de Sa présence.

Car être chrétien, ce n’est pas être en vacances, prendre du bon temps avec le Bon Dieu. Tant que nous sommes sur la Terre, c’est la mission, le service qui nous appellent.
Les disciples l’ont compris, et ils sont dans la joie !

Car Jésus a fait mieux que rester avec eux  ! Ils n’ont plus besoin de contempler plus Son visage parce qu’ils portent Ses traits au monde. Ils n’écoutent plus Sa voix, parce que désormais, ils proclament Sa parole. Ils ne sont plus consolés par Sa présence, puisqu’ils sont appelés à porter sa charité à l’Univers entier.

Chers frères et sœurs, avec Marie, revivons aussi souvent toutes les étapes de ce récit. Et nous ferons grandir la joie de Dieu,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 2,14.22b-33.
  • Psaume 16(15),1-2a.5.7-8.9-10.11.
  • Première lettre de saint Pierre Apôtre 1,17-21.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 24,13-35 :

Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.
Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit :
— « De quoi discutez-vous en marchant ? »
Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit :
— « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. »
Il leur dit :
— « Quels événements ? »
Ils lui répondirent :
— « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié.
Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé.
À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant.
Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
Il leur dit alors :
— « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »
Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.

Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. »
Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna.
Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.
Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? »
À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »
À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.