Homélie du quatrième dimanche de Pâques

29 avril 2026

« Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. »

Cette homélie a été prononcée au cours de la messe dominicale célébrée dans la chapelle des sœurs franciscaines de Compiègne.

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Texte de l’homélie

Frères et sœurs bien-aimés,

Vous le savez, dans la construction de la personne humaine, les cinq sens ont une fonction tout à fait particulière. L’ouïe, le toucher, l’odorat… construisent de façon singulière notre humanité. Le toucher donne la sécurité dans l’amour ; l’ouïe, le fait d’écouter, fait de nous des disciples, développe notre capacité d’apprentissage. Il s’agit bien d’écouter la parole de Dieu dans ce quatrième dimanche de Pâques où on parle et on prie de façon particulière pour les vocations.

Ce dimanche est appelé : le dimanche du Bon Pasteur.. Prière pour les vocations à l’intérieur de l’église, pour que cette parole du Seigneur soit attendue et fasse de nous des disciples. En effet, le Seigneur nous parle, et le premier appel que nous entendons, c’est l’appel à vivre. Tous ici, nous avons été appelés. Nous avons été conduits du rien jusqu’à l’existence. Ce monde a été appelé, on le voit dans le livre de la Genèse, par la parole de Dieu.

Mais des paroles et des appels, il y en a plusieurs dans une vie. Singulièrement, aujourd’hui, on prie de façon particulière pour les vocations sacerdotales et religieuses, mais aussi pour que tous les appels, toutes les annonciations puissent être entendues. Qu’on soit des disciples à la manière du Seigneur, c’est-à-dire disciple de celui qui reçoit lui-même sa vie du Père, qui est ressuscité par le Père. Alors, Jésus nous dit :

« En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. » (Jn 10,7)

En écoutant l’évangile, si magnifiquement chanté par notre diacre Philippe, mon regard s’est posé sur la porte de cette église. Qu’est-ce qu’une porte ?

La question peut sembler saugrenue, mais elle ne l’est pas tant que cela. Une porte sépare l’intérieur de l’extérieur. Lorsqu’il s’agit d’une église, elle trace la frontière entre le profane et le sacré.

Cela veut dire qu’il nous permet de rentrer d’un monde ample, extérieur, profane pour entrer dans l’intériorité.

Parce que c’est comme ça qu’on écoute et qu’on découvre les appels. C’est en passant par une porte. En écoutant, le fait d’écouter, c’est intéressant, on parle de l’oreille interne, le pavillon de l’oreille, mais ce n’est pas là qu’est le cœur du réacteur, c’est à l’intérieur. Ça nous fait passer justement de l’extériorité à l’intériorité. La grande difficulté de ne pas répondre aux appels du Seigneur, vient précisément du fait que nous ne franchissons pas cette porte. Nous restons pris dans une dynamique centrifuge qui nous éloigne du Christ et nous empêche d’être de vrais disciples. Passer par la porte. C’est curieux de se définir comme porte. Personne, parle ainsi de soi. Pourtant, il nous dit :

« Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira, et il trouvera des pâturages. » (Jn 10,9)

Parce que quand on a fait la découverte de la présence du Seigneur dans sa vie, on peut, entrer et sortir librement, car cette présence du Seigneur devient plus intime à nous- mêmes que nous-mêmes. C’est fort de cette certitude que les missionnaires depuis les temps évangéliques, vont et viennent librement.

Nous ne sommes pas une Église forteresse, cadenassée.. Certains voudraient qu’on le soit, mais ce n’est pas ce que dit le Seigneur. Pour vivre cela, il faut avoir : le courage de franchir cette porte de l’intériorité, d’accepter de se laisser conduire et toucher. C’est intéressant dans la première lecture, à un moment donné, il est dit :

« Face à la prédilection de St Pierre, les auditeurs furent touchés au cœur. » (Ac 2,14a.37)

La foi rentre par l’oreille. C’est une vérité que Saint Paul résumera plus tard de façon théologique :

« Fides ex auditu. » (Rm 10,17)

« La foi rentre par l’oreille, par la prédication », et non d’abord par la lecture ou par l’image. Parce qu’elle passe par l’oreille, elle trouve un chemin direct vers le cœur., permettant à la personne de se laisser conduire de l’intérieur.

Qu’est-ce que la définition du chrétien, si ce n’est celui qui a franchi la porte et qui porte et découvre en lui-même, plus que lui-même. Être disciple, c’est entrer dans l’obéissance à la Parole. Rappelons que le mot obéissance vient du latin, (ob-audire) ; je me laisse conduire par une audition qui ne vient pas de moi. Je suis disciple parce que j’ai accepté ce grand challenge de rentrer dans l’intériorité ; et découvrir, à tâtons, que c’est par sa parole que le Seigneur nous permet d’être ses témoins. C’est exactement ce que nous célébrons dans l’Eucharistie.

L’Eucharistie, est une pédagogie. Prier pour les vocations, c’est rentrer dans cette pédagogie.

Au-delà du Christ qui est la porte unique, l’Eglise nous offre sept portes : les sept sacrements et singulièrement l’Eucharistie. Quand on s’approche du Seigneur Eucharistique, on peut entrer et sortir librement parce qu’on est habité. On porte en nous-mêmes plus que nous-mêmes. C’est la définition du chrétien. Et qu’est-ce qu’elle est belle, cette définition. Mais on peut dire aussi que : tout peut devenir porte une fois qu’on est habité. Le frère à mes côtés, la réalité de la nature, la réalité de la vie familiale, conjugale, fraternelle, professionnelle. Voilà autant de portes, de lieux de rencontre. Si nous sommes habités, si nous écoutons ce que nous disent ces différents lieux, nous devenons témoin de Jésus. Nous éveillons des vocations, des appels.

A l’inverse, le principal obstacle à cette écoute, réside dans le mystère du mal. Nous nous laissons étourdir par des sollicitations extérieures qui saturent notre oreille. De plus, un doute plus profond nous assaille parfois : face au spectacle du monde, nous ne comprenons pas pourquoi le méchant semble triompher tandis que le juste souffre. C’est en contemplant la passion de Jésus que nous trouvons la réponse. Devant la croix, le centurion romain s’est écrié :

« Vraiment celui-là était le fils de Dieu. » (Mt 27,54)

Son cœur s’est ouvert parce que le cœur du Christ, c’est une porte vers le ciel.. Choisir la vie intérieure, choisir de vivre soi-même comme une porte, parce qu’on peut soi-même aussi devenir ce lieu de rencontre vers l’infini. C’est rentrer dans un combat spirituel. Bernanos écrivait cette phrase :

« La société moderne est une conspiration contre toute forme de vie intérieure. »

Que dirait-il aujourd’hui ? Le Seigneur nous lance un appel à la vie, qui pour certains n’est pas évident. Parce que vivre, c’est découvrir un sens, et certains ne découvrent pas de sens à leur vie, à leur travail, voire parfois à leurs amours, à leur famille. Donc, rentrer dans un combat spirituel

« Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre :je mets devant toi, la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance. » (Dt 30, 19)

Vous connaissez ce passage de la Bible dans le Deutéronome. Encourager les vocations, c’est choisir la vie, choisir la grandeur d’âme ; choisir quelque chose qui va forcément nous dépasser.

La vie chrétienne, c’est la religion de la disproportion. Tout y est vertigineux : un peu de pain, un peu de vin, un peu d’eau sur le front d’un enfant, quelques paroles entre un homme et une femme au jour de leurs noces, et c’est le ciel qui s’ouvre. Laissons-nous s’enthousiasmer par le beau, le bien, le vrai, qui correspondent tellement à ce que nous sommes et proposons-le autour de nous.

N’ayons pas peur. Souvenez-vous de l’Evangile de la Résurrection que nous lisions il y a peu : alors que les portes du cénacle étaient verrouillées Jésus entra :

« La paix soit avec vous. » (Jn 20,19-26)

Et nous connaissons la suite sur la miséricorde. C’était le deuxième dimanche de Pâques. Il y a des portes verrouillées, verrouillées par quoi ? Quel est l’obstacle à répondre à la vocation, à l’appel ? C’est la peur. La peur de l’échec. C’est le perfectionnisme qui ne voit que le point noir dans la page blanche, ou encore l’activisme qui cherche à mettre dans vingt-quatre heures plus que vingt- quatre heures. C’est ça qui nous empêche de répondre aux appels. La peur de pas y arriver, de nous dévoiler, de nous révéler. La peur, au fond, de renoncer.

Parce qu’évidemment, se laisser conduire par le Christ, c’est renoncer à nous laisser conduire par les brigands et le Seigneur en parle dans l’Évangile. Parce qu’il y a d’autres paroles qui sont annoncées aussi et particulièrement à la jeunesse. Mais ce n’est pas des paroles qui construisent. Ce sont des paroles qui éloignent, qui découragent, voire qui salissent. Alors oui, c’est un combat intérieur.

Et être chrétien, c’est rentrer dans ce combat intérieur. Si nous nous laissons conduire de l’intérieur par le Seigneur, par sa parole, si nous sommes touchés au cœur, alors oui, nous devenons disciples. Nous devenons témoins d’un Dieu qui nous appelle de passer des ténèbres à son admirable lumière.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 2,14a.36-41.
  • Psaume 23(22),1-2ab.2c-3.4.5.6.
  • Première lettre de saint Pierre Apôtre 2,20b-25.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 10,1-10 :

En ce temps-là, Jésus déclara :
« Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.
Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.
Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
Jésus employa cette image pour s’adresser à eux, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.
Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage.
Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »