Homélie du quatrième dimanche de Pâques

28 avril 2026

« Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. »

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Texte de l’homélie

Chers frères et sœurs, aujourd’hui, dans l’église universelle, nous prions pour les vocations, plus particulièrement pour les vocations de prêtres et de personnes consacrées.

Si on lit les textes de la Parole de Dieu proposés par l’Église pour ce dimanche, nous voyons immédiatement que le premier accent concerne les pasteurs. Ce sera donc mon premier point. Mais l’Église prie aussi pour les vocations à la vie consacrée. Ce sera mon deuxième point. Dans un troisième temps, je voudrais voir rapidement avec vous : que pouvons-nous faire pour favoriser les vocations ?

Les vocations de pasteurs

L’importance de cette vocation

La prière de ce dimanche fait écho à la demande de Jésus dans l’évangile de saint Matthieu.
Après la multiplication des pains, il nous relate :

« Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger. Il dit alors à ses disciples : ‘La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.’ » (Mt 9)

C’est un thème très présent dans la Parole de Dieu. Tous les ans, le quatrième dimanche de Pâques, nous lisons un extrait du discours de Jésus sur le bon pasteur dans l’évangile de saint Jean.
Le psaume 22 va dans le même sens :

« Le Seigneur est mon berger. »

Dans la première comme dans la deuxième lecture, nous voyons un pasteur, Saint Pierre, en action, d’abord le jour de la Pentecôte mais aussi plusieurs années après lorsqu’il s’adresse dans ce passage à des esclaves qui ne sont pas épargnés par la souffrance.
Il y a aussi le chapitre 34 du Prophète Ézéchiel magnifiquement commenté par saint Augustin. On pourrait citer encore bien d’autres textes.

Laisser tout pour suivre Jésus dans sa mission de pasteur

Tous les baptisés sont appelés à évangéliser. Il y a bien des laïcs qui parlent très bien, mieux que bien des prêtres. Mais certains – comme les apôtres – reçoivent un appel particulier à lâcher leurs filets pour se mettre à la suite de Jésus et Lui être à 100 % disponibles.

« Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs.
Jésus leur dit : ‘Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes.’
Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. » (Mt 4)

Ou encore, après l’épisode de la pêche miraculeuse :

« Laissant tout, ils le suivirent. » (Lc 5, 11)

Ou après l’épisode que l’on nomme celui du jeune homme riche :

« Pierre se mit à dire à Jésus : ‘Voici que nous avons tout quitté pour te suivre.’
Jésus déclara : ‘Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.’ » (Mc 10)

La parole des pasteurs a d’autant plus de force qu’ils se sont donnés 100 % à Jésus. C’est un peu comme les témoins auprès des célibataires : leur parole est d’autant plus pertinente qu’ils sont passés par là et ont surmonté les difficultés.

Pour exprimer la proximité de Jésus à l’égard de ses « brebis »

Jésus, qui S’est fait homme, veut encore Se rendre proche de chacun :

« Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom. »

Le bon berger connaît ses brebis et il sait qu’elles ont besoin de contacts personnels. Le Bon Berger connaît chacune de ses brebis dans son individualité, dans ce qui lui est propre. Jésus ne veut pas d’une religion de masse. Chacune de ses brebis a une histoire. Cette histoire est faite de joies et de peines, d’événements joyeux et douloureux, de belles actions et de péchés.
Chacune des brebis a des qualités et des défauts, des dons et des faiblesses. Jésus veut les rejoindre personnellement.

La mission de guider des âmes, on la reçoit, on ne se la donne pas.

« C’est une grâce, il n’y a pas à en tirer orgueil. »

Ceux qui escaladent par un autre endroit sont ceux qui veulent exercer une emprise sur les âmes sans en avoir reçu le mandat de Dieu.

L’évangile de ce jour nous rappelle que c’est Jésus le Pasteur par excellence. C’est Lui « la porte des brebis ». Et on ne peut entrer dans la bergerie sans passer par la porte.
Comme le dit encore saint Pierre dans les Actes des Apôtres, après la guérison de l’infirme à la belle-porte :

« Il n’y a pas d’autre nom sous le ciel par qui nous puissions être sauvés. » (Ac 4, 12)

La vocation de personne consacrée

Le charisme de la vie consacrée est de témoigner du Royaume de Dieu. Ces vocations à la vie consacrée ne sont pas d’abord pour conduire les âmes à Jésus mais d’abord pour se donner de manière totale et gratuite à Jésus. C’est d’abord de l’ordre du témoignage, pas pour se mettre en valeur bien sûr, mais parce que Jésus vaut la peine qu’on lui donne toute notre vie.

Cette vocation est une manière de miser toute notre vie sur Jésus. En effet Jésus peut combler un cœur humain. De ce fait, les personnes consacrées peuvent être pour Jésus comme une humanité de surcroît. Dans la ligne du baptême, elles consacrent à Jésus tout leur être pour louer Dieu dans la prière, pour être proche des malades et de tous ceux qui souffrent, pour éduquer, pour témoigner de l’évangile notamment auprès des exclus, des pauvres et des petits… Leur ambition, c’est de se rapprocher le plus possible de leur modèle, Jésus, d’en avoir les qualités de cœur.

C’est une vocation exigeante pour dire que Jésus est l’amour de leur vie, l’aimer sans partage du cœur et se mettre à Sa disposition pour le rendre présent.

Une multitude de laïcs ont une vie plus rayonnante que bien des prêtres et des religieuses. Cependant, ce n’est pas la même chose que de se rendre 100% disponible pour Jésus en acceptant de renoncer à se marier, à avoir une famille, une belle carrière professionnelle, …

La vie consacrée nous indique ou devrait nous indiquer le chemin d’une vie évangélique, d’une vie avec Dieu choisi en premier.

Que faire ?

Prier

On ne doit jamais oublier que les vocations sont d’abord un don de Dieu.

La prière exprime aussi notre désir d’avoir des vocations, comme le Seigneur veut les donner et pas forcément comme nous les imaginons.

Comme dans toute prière de demande, le Seigneur vient purifier notre désir. Nous sommes appelés à prier de manière désintéressée pour les vocations. Si nous demandons des vocations, ce n’est pas pour notre confort – fut-il spirituel – mais pour la mission, pour l’Église tout entière.

Les prendre comme elles sont : à la fois belles et pauvres

Il y a une disproportion entre la beauté de la vocation et la faiblesse de ceux qui reçoivent une vocation. Comme le dit très bien saint Paul :

« Ce trésor, nous le portons comme dans des vases d’argile ; ainsi, on voit bien que cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et ne vient pas de nous. » (2 Co 4, 7)

Le curé d’Ars qui avait une conscience aiguë de la beauté de son sacerdoce, avait également un claire conscience de sa pauvreté :

« Oh ! quand on pense que notre grand Dieu a daigné confier cela à des misérables comme nous ! » (Nodet 104)

Par conséquent, il ne nous faut ni idolâtrer, ni déprécier les prêtres et les personnes consacrées. D’un côté, il ne faut pas nous attacher outre mesure à ceux qui nous donnent Jésus ; d’un autre côté, nous devons veiller à ne pas les casser (notamment par les critiques) comme on le ferait d’une porcelaine. D’un côté, il ne faut pas trop les mettre sur un piédestal et éviter le culte de la personnalité. D’un autre côté, il faut se garder d’exiger trop de ces personnes.

Les soutenir de diverses manières

Les prêtres et les personnes consacrées étant des vases d’argile ont besoin de votre aide.

  • d’abord dans la prière pour qu’elles soient fidèles et ne reprennent pas peu à peu ce qu’elles ont donné dans la ferveur des débuts.
  • d’un climat de charité qui sait les entourer. Un climat délétère peut quelquefois tuer d’authentiques vocations. Inversement les encouragements et la proximité fraternelle sont précieux pour traverser les difficultés et les moments plus austères.
  • de la correction fraternelle faite de manière constructive, pas comme des accusateurs mais comme des frères et sœurs. Il est bon de renvoyer – avec charité – les personnes consacrées à la beauté et aux exigences de leur vocation.
  • d’un soutien matériel. Cela passe par le denier du culte : il y a bien des diocèses en difficulté pour donner un traitement décent à leurs prêtres ; mais aussi bien des communautés religieuses, en particulier féminines qui sont en difficulté financière. Les prêtres et les personnes consacrées ne sont pas des anges : ils ont aussi besoin de manger et d’autres besoins matériels élémentaires !

C’est un peu ce qui se faisait pour la tribu de Lévi dans l’Ancien Testament : c’était Dieu leur héritage ; par conséquent, ils avaient besoin de l’aide des autres.

Conclusion :

Prions avec foi pour les vocations car le Seigneur ne laissera pas manquer l’Église des vocations sacerdotales et consacrées dont elle a besoin.

Interrogeons-nous sur ce que – de notre côté – nous pouvons faire pour favoriser les vocations.
Confions cela à la Vierge Marie, la mère de l’Église.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 2,14a.36-41.
  • Psaume 23(22),1-2ab.2c-3.4.5.6.
  • Première lettre de saint Pierre Apôtre 2,20b-25.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 10,1-10 :

En ce temps-là, Jésus déclara :
« Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l’enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.
Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.
Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
Jésus employa cette image pour s’adresser à eux, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.
Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage.
Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »