Préparation au mariage - Conférences pour se former

Cinq enseignements de Père Pierre-Marie

Dans cet article, vous pourrez ré-écouter cinq enseignements que Père Pierre-Marie a donnés dans le cadre du dernier week-end de préparation au mariage à l’Abbaye (juin 2020).
Ces enseignements reprennent les grands thèmes nécessaires pour bien se préparer au mariage : le sacrement de mariage et l’échange des consentements, l’accueil de la vie et la sexualité, l’équilibre vie professionnelle et vie personnelle, la fidélité et le jardin secret, la vie spirituelle du couple…

Cliquez pour écouter les enseignements :

Père Pierre-Marie
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Père Pierre-Marie

Ces enseignements ont été utilisés pour la retraite en ligne de préparation au mariage dans le courant de l’été 2020.

Résumé de la conférence : Sacrement du mariage et l’échange des consentements

Introduction : Fondements théologiques du sacrement

Qu’est-ce qu’un sacrement ?

Un sacrement se définit comme le signe visible d’une grâce invisible, institué par Jésus-Christ. Il s’adresse à la foi : à travers des réalités matérielles et concrètes, le croyant discerne une action spirituelle. Par analogie, cette notion s’étend à d’autres réalités :

  • La nature : permet de bénir le Créateur.
  • Le prochain : (et le futur conjoint) est un signe de la grâce de Dieu.
  • Jésus-Christ : est le sacrement par excellence.
  • L’Église L’absence de réciprocité : reconnaît officiellement sept sacrements.
Note historique : La fixation de cette liste à sept sacrements est le fruit de la Réforme grégorienne, après de longs débats historiques. À titre d’exemple, le lavement des pieds institué par le Christ aurait pu devenir le « sacrement du frère », mais des raisons logistiques (généralisation de la bassine et de la serviette) ont contribué à l’écarter.

L’enracinement baptismal et scripturaire

Le baptême demeure le fondement de l’identité chrétienne. Pour qu’un mariage catholique soit valide, l’un des deux conjoints au moins doit être baptisé. Sur le plan scripturaire, le Christ fonde l’indissolubilité du mariage en remontant à l’origine de la Création : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas », Dépassant ainsi la loi de Moïse qui autorisait la répudiation (get).

La spécificité chrétienne du mariage

Un miroir de l’amour divin absolu

Si toutes les cultures possèdent des rites de passage pour sceller une union et appeler la bénédiction d’une divinité, le mariage chrétien va plus loin. Le couple devient le signe vivant et visible de l’amour de Dieu pour son peuple et de l’alliance éternelle du Christ pour l’Église. C’est cette nature de miroir d’une alliance divine incassable qui fonde l’indissolubilité du mariage catholique.

Un sacrement de salut ancré dans la Création

  • Visée éternelle, réalité temporelle : Le mariage est un sacrement ordonné au salut et à la vie éternelle, même si son exercice s’arrête sur Terre (il n’y aura plus de mari ni de femme dans l’éternité).
  • La valeur du mariage civil : Parce qu’il prend sa source dès l’ordre de la Création (« homme et femme il les créa »), l’Église reconnaît une valeur intrinsèque au mariage civil de personnes non baptisées. En cas de conversion ultérieure et de séparation, un simple divorce ne suffit pas : il faut obtenir une reconnaissance de nullité de cette première union civile pour se marier à l’Église.
  • Le besoin d’être sauvé : Face aux fêlures du péché originel, la communion humaine n’est pas spontanée. Le couple a structurellement besoin de la grâce divine pour être délivré de l’égoïsme et des enfermements. Le mariage est ainsi l’union de deux « pauvres » s’en remettant à la grâce, et non de personnes parfaites.

Structure et liturgie du mariage

La triple dynamique : Parole, Corps, Fécondité

Le sacrement s’articule autour de trois piliers fondamentaux qui s’enracinent dans le mystère de l’Incarnation et calquent exactement la structure de la Messe :

  • Le pilier de la Parole : Il correspond à l’Annonciation (la parole de l’ange) dans l’Incarnation, et à la Liturgie de la Parole (les lectures) dans la Messe.
  • Le pilier du Corps : Il fait écho au Verbe qui se fait chair (Noël) dans l’Incarnation, et à la Consécration (le pain et le vin) dans la Messe.
  • Le pilier de la Fécondité : Il trouve son équivalent dans le Salut donné au monde par l’Incarnation, et dans la Communion suivie de l’envoi en mission lors de la Messe.

Cette structure dicte un véritable ordre dans l’amour : tout commence par la parole donnée, s’incarne dans le corps, et s’épanouit dans le rayonnement ou les enfants.

Les ministres du sacrement et la forme liturgique

Dans la tradition catholique occidentale (Église latine), ce sont les époux qui sont les ministres du sacrement. Ils s’administrent mutuellement le mariage par leur consentement. Le prêtre ou le diacre n’est qu’un témoin officiel mandaté par l’Église. Le mariage peut être célébré avec ou sans messe (célébration de bénédiction). Aujourd’hui, 80 % des mariages se font sans messe (conjoint non baptisé ou non pratiquant). Pourtant, la messe donne tout son sens au mariage, la première communion des mariés venant sceller leur alliance humaine dans l’alliance du Christ.

Les quatre piliers de l’engagement (Le Dialogue) Qu’est-ce qu’être un couple missionnaire ?

Avant le consentement, l’Église pose quatre questions fondamentales exigeant une cohérence totale de la part des fiancés, quel que soit leur niveau de foi :

  • La Liberté (Libre consentement) : Exige l’absence de pressions extérieures et une maturité humaine suffisante. Le manque de maturité au moment du « oui » est d’ailleurs la cause majeure des déclarations de nullité par les tribunaux ecclésiastiques. Le danger moderne : Le tourbillon logistique, matériel et financier des préparatifs (réservations un an à l’avance du traiteur, DJ, salle) constitue un engrenage qui menace parfois le temps nécessaire au discernement spirituel. À l’inverse, le dépouillement forcé durant la pandémie de Covid-19 (mariages intimes en appartement) a permis de recentrer l’événement sur le sacrement.
  • La Fidélité : Promise pour toute la vie, elle est également un devoir inscrit dans le Code civil.
  • La Fécondité : Accueil des enfants et rayonnement de l’amour. Si elle est optionnelle pour les couples d’un âge avancé, l’exclusion délibérée et définitive de la vie est un empêchement absolu chez les jeunes couples. L’anthropologie chrétienne s’oppose ici au malthusianisme écologique contemporain en affirmant que l’humain fait grandir le monde par son intelligence et son amour.
  • La Mission : Introduite en 2006, cette question (optionnelle selon les parcours) rappelle que le couple est envoyé pour témoigner de l’Évangile au cœur des réalités laïques de la société civile.

L’expression du consentement et la réalité conjugale

Aimer, c’est vouloir

Parmi les formules liturgiques, la formule courte met en lumière une équivalence anthropologique majeure : aimer et vouloir deviennent synonymes. L’Église ne demande pas ce jour-là aux fiancés ce qu’ils sentent, mais ce qu’ils veulent. Contrairement à la vision moderne qui réduit l’amour à une émotion fluctuante, l’amour chrétien est une décision consciente de la volonté.

La logique de la formule traditionnelle

  • « Je te reçois » : Signifie accueillir l’autre dans sa réalité concrète, avec son histoire, ses blessures et son caractère (généralement bien établi à l’approche de la trentaine). S’engager en espérant que l’autre changera est une illusion.
  • « Je me donne à toi » : Le mariage fait basculer dans le don total. L’autre n’est pas un dû, mais une grâce gratuite.
  • « Se faire l’un à l’autre » : On ne rencontre pas une personne magiquement faite pour soi ; on choisit de se faire l’un à l’autre à travers le bonheur et les épreuves.

Le couple comme miroir de nos fragilités

La vie commune dissipe le mythe de l’amour sans nuage. Les crises naissent rarement de grands débords théologiques, mais de l’accumulation des frictions quotidiennes, des incompréhensions et de la confrontation à la différence (les familles d’origines étant deux mondes distincts). L’autre agit comme un miroir : sa présence réveille et fait rejaillir nos propres colères, blessures secrètes et manques d’amour. Le mariage appelle ainsi à un soutien mutuel permanent où la volonté doit constamment être au rendez-vous.

Défis de la vie chrétienne en couple

Le piège du bonheur et la garde de la foi

  • La bénédiction du bonheur : La liturgie contient une prière pour que le bonheur n’éloigne pas les époux de Dieu. La nature humaine ayant tendance à ne prier que dans l’épreuve, le défi est de reconnaître le bonheur conjugal comme un don divin.
  • Être « gardien de la foi de l’autre » : Lorsqu’il existe une disparité dans l’intensité de la foi (un conjoint pratiquant et l’autre non croyant ou éloigné), celui qui est le moins investi devient le gardien de la foi de son conjoint. Cela signifie respecter, protéger et faciliter activement la pratique religieuse de l’autre (par exemple, veiller à ce qu’il puisse aller à la messe de Noël même si sa propre famille n’y va pas). L’Église ne demande jamais de conversion forcée ou hypocrite, mais exige que le conjoint ne soit pas un obstacle à la foi de l’autre.

Perspectives éternelles et relecture

La communion des saints

Même si l’institution humaine et sacramentelle s’arrête au seuil de la mort, les liens de charité et d’amour vécus ici-bas entrent dans l’éternité. Dans la communion des saints, les époux se retrouveront dans une proximité et une affinité spirituelle transfigurée par l’amour de Dieu.

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