Homélie de mariage : L’Esprit-Saint au service de la vie matrimoniale

Homélie de mariage (mai 2026)

« Puisque vous avez été choisis par Dieu ! »

Si nous sommes aujourd’hui dans cette assemblée, c’est que nous y avons été vraiment appelés pour entourer les fiancés. Et, à travers les lectures qu’ils ont choisies pour cette célébration, il nous est donné d’entendre ce programme de vie, que chacun d’entre nous est invité à suivre : se revêtir de tendresse, d’humilité, de douceur, de patience…

Père Pierre-Marie

Texte de l’homélie de mariage

Frères et sœurs bien-aimés,

Lorsque avec les fiancés nous avons choisi et réfléchi aux lectures de cette célébration, je leur ai donné un critère : que les lectures que vous choisirez puissent dire à l’assemblée qui vous entourera le jour J ce que vous voulez vivre sous le regard du Seigneur. Mais aussi, que ces lectures, quand vous en ferez mémoire dans 5, 10, 20 ou 30 ans, éclairent votre chemin.

Bon nombre d’entre vous êtes mariés, et ça peut être aussi l’occasion de faire mémoire des lectures que vous avez choisies le jour J de vos noces et — parce que la parole de Dieu est une parole vivante — en quoi ces lectures, aujourd’hui, elles éclairent votre quotidien.

Tout un programme de vie dans Colossiens 3

Permettez-moi de partir plutôt de la deuxième lecture qui est vraiment un programme de vie. Bien sûr, les Béatitudes sont un programme de vie - chaque parole du Seigneur peut l’être évidemment à sa manière - mais peut-être plus concrètement, je trouve très beau cette parole de Saint Paul Apôtre aux Colossiens :

« Puisque vous avez été choisis par Dieu ! »

Rien que cette parole donne un programme de vie !

Si nous sommes ici, c’est que nous y avons été appelés. Si nous sommes ici, c’est que nous avons été choisis. Ce n’est pas juste qu’on ne savait pas quoi faire en cette belle journée du mois de mai et que nous sommes venus ici à la cathédrale pour entourer les fiancés. Non, c’est beaucoup plus profond que ça : nous avons été choisis, nous avons été vraiment appelés.

Et puis appelés pourquoi ? Et bien pour se revêtir de tendresse, d’humilité, de douceur, de patience. Si vous voulez, ce que j’aime bien dans cette lecture, c’est qu’elle donne un programme de vie pour tous.
Bien sûr, se revêtir de tendresse, de compassion, d’humilité est évidemment un programme de vie pour tout baptisé, mais ça l’est de façon toute particulière ceux qui ont choisi l’état de vie du mariage ainsi que pour ceux qui se sont consacrés dans le célibat au service du peuple de Dieu ou dans la vie religieuse.

Le travail sur soi et le combat spirituel

Au fond, témoigner de l’amour de Dieu pour Son peuple — parce qu’il s’agit bien de ça, parce qu’un sacrement du mariage c’est vraiment rendre visible l’amour invisible de Dieu pour Son peuple, l’amour du Christ pour Son Église — ça demande un travail sur soi-même.

Frères et sœurs bien-aimés, nous n’échapperons pas, à un travail sur soi-même pour se revêtir de tendresse, de compassion, de douceur et de patience. Parce qu’en nous, j’allais dire, il y a tout le contraire. Il y a à la fois en nous souvent de la colère, parfois de la violence, de la superbe aussi… tout ça c’est en nous.

Et donc Clémence et Nicolas, à travers ce texte vous nous dites : « Soyez attentifs quand vous rentrez dans ce chemin de communion - dans lequel vous voulez rentrer aussi à travers le sacrement du mariage, et dans lequel nous sommes rentrés par le baptême – car nous avons à faire face à un combat spirituel ».
Cela veut dire qu’aimer n’est pas spontané. Et n’écoutons pas ce que dit l’air ambiant. N’écoutons pas ces idées, comme si aimer ce serait avoir des étoiles dans les yeux, les papillons dans le ventre, quelque chose qui viendrait vous saisir et qui ne demanderait pas une implication de nous-mêmes et une transformation de nous-mêmes.

Évidemment, ça demande un travail sur nous-mêmes. Évidemment, ça demande une conversion intérieure. Rien que ça : humilité, douceur et patience. Rien que ça. Et alors je trouve c’est beau de dire : « Tiens, vous avez choisi ce texte-là et vous attirez notre attention justement sur ce fait que rentrer dans une communion, dans une relation privilégiée — nous sommes tous appelés à l’amour de façon privilégiée par le mariage, de façon exclusive mais aussi dans la vie religieuse — cela va nous engager ».

L’école de la patience et du pardon

Faisons mémoire du chemin déjà parcouru pour vous, frères et sœurs qui êtes déjà dans ce chemin du mariage - et pour nous consacrés, prêtres, religieux, religieuses - du chemin parcouru et comment la parole du Seigneur nous aide. C’est vraiment le fruit du Saint-Esprit qui fait que l’on peut à la fois associer la tendresse, la compassion et la patience. C’est une école de patience que la vie matrimoniale, évidemment. Mais j’allais dire, la vie tout court est une école de patience. Et dans patience, vous entendez pascior, passio, passion, la Passion du Christ aussi.
C’est un chemin, il y a une forme de pénibilité à accueillir l’autre tel qu’il est dans la relation.

J’aime bien ce texte du Pape Jean-Paul II qui, dans la spiritualité de communion, reprend justement les mots de Saint Paul :

« Il faut porter — et c’est ce que dit Saint Paul — supportez-vous les uns les autres, pardonnez-vous mutuellement si vous avez des reproches à vous faire. »

C’est un chemin de pardon.

Un acte personnel mais pas solitaire

Et je vous l’ai dit au commencement de cette eucharistie : il y a des grâces qui sont données. J’en suis convaincu. Il y a des grâces qui sont données aujourd’hui dans ce lieu. Le ciel s’ouvre parce que précisément nous sommes la religion du vertige. Quelques paroles entre un homme et une femme au jour de leurs noces, un peu de pain, un peu de vin, un peu d’eau sur le front d’un enfant et bien c’est le ciel lui-même qui vient à notre rencontre.

Alors frères et sœurs bien-aimés, n’hésitons pas à demander des grâces. Parce que certainement le mariage de Clémence et Nicolas est un acte personnel, bien sûr, intime. Mais un acte personnel n’est jamais un acte solitaire. Ce n’est jamais solitaire, même si c’est profondément intime. Parce que ça embarque tout le monde. Parce que je ne peux pas dire « je » sans dire « tu », je ne peux pas dire « tu » sans dire « nous ».

L’acte d’un seul, c’est l’acte de tous. droite

C’est tout un peuple, Clémence et Nicolas, que vous embarquez comme à chaque fois dans la manière de vivre dans l’Église. Et peut-être notre société contemporaine insiste-t-elle beaucoup trop sur l’aspect individualiste et a perdu de vue ce que le peuple de l’Ancienne Alliance rappelle régulièrement : c’est-à-dire que l’acte d’un seul, c’est l’acte de tous.

Alors oui, rien que ça, c’est une conversion. Rien que ça, c’est dire : « Et bien ce que je pose comme acte a des répercussions sur les autres ». Mais ce que je pose comme acte aussi d’amour sincère, tel que vous le posez aujourd’hui Clémence et Nicolas, a aussi des répercussions sur les autres.
Vous embarquez avec vous tant et tant de personnes, comme nous-mêmes au jour de notre consécration sacerdotale, nous embarquons un peuple. Non pas parce qu’on est meilleurs que les autres — certainement pas — ou plus que d’autres, on connaît nos défaillances, bien sûr que oui. Mais parce que de sa nature même, l’amour est communion, l’amour fédère, l’amour porte avec lui ce que le Seigneur lui-même est venu donner : un salut. Tous les sacrements sont les sacrements du salut. Et posez-vous la question, chers Clémence et Nicolas — et nous nous la posons aussi avec vous — de quoi avez-vous besoin d’être sauvés ?

Si le mariage est un sacrement de salut, de quoi avez-vous besoin d’être sauvés ? Et chaque fois que nous venons communier le dimanche à l’Eucharistie, c’est pareil : c’est le saint sacrement, c’est le sacrement du salut. C’est-à-dire qu’on dit au Seigneur : « J’ai besoin d’être sauvé ».

Les maladies spirituelles

Car il est certain que j’ai besoin d’être sauvé de cet individualisme et peut-être aussi de cet activisme, ce cette tentation de mettre dans 24 heures plus que 24 heures. J’ai besoin d’être sauvé de ce perfectionnisme qui n’accepte pas la fragilité, mais souligne tout de suite le point noir dans la page blanche…

Activisme, perfectionnisme, individualisme s’opposent à l’amour. Et tous, d’une manière ou d’une autre, nous sommes atteints par ces maladies spirituelles, car ce sont des maladies spirituelles.

L’amour comme lien parfait

Alors oui, on comprend bien que le Seigneur nous dise, à travers cette parole, ce chemin de vie : « Soyez attentifs par-dessus tout, que le lien le plus parfait entre vous soit l’amour, et que dans vos cœurs règne la paix du Christ, la paix à laquelle vous avez été appelés pour former un seul corps ».

Ainsi, je trouve que c’est une vraie leçon que vous nous donnez, Clémence et Nicolas. Merci pour le choix de ces textes parce que moi, ils m’ont fait travailler. Oui, ces textes me font avancer dans ma réflexion. Et on ne va pas être trop long, mais on pourrait les reprendre comme fil rouge : où en sommes-nous de la qualité de nos relations ?

Relations matrimoniales pour beaucoup d’entre vous, relations professionnelles, relations ecclésiales, relations familiales… Où est-ce qu’on en est de ces relations-là ? Relations moi avec mes frères de communauté : est-ce qu’il y a des frères que j’exclus dans mon cœur ? Est-ce que j’ai aussi, après X années de vie religieuse, certainement besoin de travailler sur moi-même ? J’ai encore de la dureté à l’intérieur. Certainement. Certainement.

L’espérance du combat quotidien

Alors vous nous dites, avec toute la fraîcheur de votre jeunesse : « Ne vous découragez pas ». Ne vous découragez pas. En choisissant ces textes, c’est une espérance qui s’ouvre devant nous. C’est un chemin, un ailleurs possible. Parce que parfois, on peut se décourager de soi-même. On dit : « …de confession en confession, souvent on répète la même chose ».

Comme dirait le prêtre, il n’attend pas forcément une originalité extraordinaire à travers l’aveu de vos fautes parce qu’on sait bien… Saint Benoît donne cette analyse :

« Nous venons au sacrement de la confession pour fracasser la tentation contre le Christ. »

C’est-à-dire qu’on vient confier à Jésus notre combat. Car nous avons chacun un combat à mener, que ce soit pour l’humilité, pour la douceur, pour la patience, pour se supporter, pour se pardonner.

Conclusion :

Alors merci pour ce choix des textes et puis merci pour nous indiquer ce chemin, nous relancer à travers votre engagement d’aujourd’hui, chers amis. Nous relancer dans ce chemin de la suite du Christ, qui est un chemin exigeant. Mais y a-t-il vraiment un autre chemin ?

« Où irions-nous Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle ! »

Alors oui, d’autres paroles viennent à nos oreilles, les paroles de la société, les paroles : « Oui, écrase les autres », « Oui, laisse tes pulsions te déborder »… Non, ce n’est pas ça que nous voulons vivre. On dit que la vie n’est pas là. Ce chemin que vous nous donnez à travers ces paroles, c’est un chemin de vie.

Puissions-nous, frères et sœurs, à travers ces paroles, devenir les témoins d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière,

Amen !